Tribune des hommes solidaires de #MeToo

paru dans Le Monde le 30/01/2018

Ni haine des hommes ni puritanisme, #MeToo, c’est la vraie libération sexuelle !

Des millions de femmes courageuses et solidaires ont initié, porté et relayé dans des dizaines de pays le mouvement #MeToo. Ce raz de marée mondial, dont l’ampleur et l’écho sont sans précédent dans l’histoire, constitue une chance unique de refonder les relations entre les femmes et les hommes. Inévitablement, et comme tous les mouvements d’émancipation des femmes, il suscite en retour un contre-mouvement qui met son point d’honneur à le caricaturer, le réduire ou le dénigrer : à entendre certain.e.s, #MeToo mettrait en danger la liberté sexuelle et serait l’expression d’une haine des hommes. En tant qu’hommes, nous jugeons donc le moment venu d’exprimer notre solidarité avec ce mouvement de libération de la parole des femmes, de révolte contre les violences sexuelles et sexistes, et de dénonciation des privilèges et abus masculins.

Peut-on regarder la réalité telle qu’elle est ? Notre société reste, dans tous les domaines de la vie privée et publique -politique, médiatique, culturelle, sportive, économique-, profondément inégalitaire. L’écart salarial entre les femmes et les hommes est encore de 20%. Les femmes consacrent deux fois plus de temps que les hommes aux tâches domestiques et aux enfants. A elles les temps partiels imposés, le plafond de verre et le plancher collant, les images médiatiques dévalorisantes… Consciemment ou inconsciemment, les hommes entretiennent ces inégalités, et tous, il faut le dire, en ont au moins bénéficié.

Pour autant, tous les hommes ne sont pas des harceleurs, des agresseurs ou des violeurs. Et c’est pourquoi, a minima, il nous semble urgent que le plus grand nombre possible d’hommes se désolidarisent dès aujourd’hui des auteurs de violences sexuelles et sexistes et s’engagent publiquement en soutien au mouvement #MeToo. Si nous prenons la parole, c’est pour exprimer notre souhait que ce mouvement continue de s’amplifier et qu’il transforme plus profondément encore la société. Car il est peut-être l’impulsion décisive dont nous avons tant besoin pour délivrer les relations femmes-hommes des carcans et des rôles codifiés.

Pour cela, il faut d’abord s’opposer à une réaction récurrente : celle qui consiste à attaquer les efforts légitimes de lutte contre les violences sexuelles et sexistes au prétexte qu’ils mettraient en danger la « liberté sexuelle ». Au moment même où se libère la parole des femmes, les mouvements féministes de lutte contre les violences sexuelles et de soutien à leurs victimes sont à nouveau, et comme toujours, accusés d’être « puritains » ou « anti-sexe ». On observe d’ailleurs, sans surprise mais avec inquiétude, que celles et ceux qui s’opposent aujourd’hui au mouvement de lutte contre le harcèlement sexuel au nom de la « drague » et de la « liberté d’importuner » sont précisément celles et ceux qui défendaient le droit des hommes à imposer un acte sexuel par l’argent au nom du « libertinage ». Faut-il vraiment de longs discours pour convaincre que c’est au contraire en la mettant à l’abri des violences et contraintes physiques, psychologiques mais aussi économiques, que la sexualité sera véritablement libérée ?

Contrairement à ce que certain.e.s ont voulu affirmer, le mouvement #MeToo n’est en aucun cas l’expression d’un « puritanisme » ni d’une « haine des hommes ». C’est bien plutôt une occasion unique pour ces derniers de s’affirmer, non pas comme des prédateurs sexuels, harceleurs, agresseurs, prostitueurs, violeurs aux « besoins sexuels irrépressibles », mais au contraire comme des compagnons, des maris, des amants soucieux d’un désir et d’un plaisir partagés, des collègues, des pères, des amis, des frères, des hommes du quotidien portant simplement une même attitude de respect à leurs proches, à toutes les femmes et à toutes les filles.

Pour les hommes, avancer vers une égalité réelle dans la vie privée et publique est un défi d’envergure. En solidarité avec #MeToo, nous voulons le relever.

Premiers signataires de la tribune (ordre alphabétique) :

– Christophe André, psychiatre, auteur
– Julien Bayou, conseiller régional Ile de France et militant associatif
– Gérard Biard, journaliste et co-fondateur de Zéromacho
– Ofer Bronstein , président du Forum pour la Paix
– Pierre Cabaré, député de Haute Garonne, Vice-Président de la délégation aux Droits des femmes de l’Assemblée nationale
– Vincent Cespedes, philosophe
– Fred David, sauveteur côtier, champion du monde 2012 de bodysurf
– Edouard Durand, juge des enfants au TGI de Bobigny, et membre du Haut Conseil à l’Egalité Femmes Hommes (HCEFH)
– Alain Fontanel, premier adjoint au maire de Strasbourg
– Maxime Forest, enseignant-chercheur à Sciences-Po, membre exécutif du HCEFH
– Christophe Gascard, rédacteur en chef, présentateur
– Pierre-Yves Ginet, co-rédacteur en chef de Femmes ici et ailleurs, membre du HCEFH
– Guillaume Gouffier-Cha, député du Val de Marne, membre et whip LaREM de la délégation aux Droits des femmes de l’Assemblée nationale
– Jacques Hamon, délégué régional et ancien président du Mouvement du Nid
– Patric Jean, auteur réalisateur
– Mustapha Laabid, député d’Ille-et-Vilaine, membre de la délégation aux Droits des femmes de l’Assemblée nationale
– Gilles Lazimi, médecin généraliste, membre du Haut Conseil à l’Egalité Femmes-Hommes (HCEFH)
– Xavier Legrand, acteur, réalisateur et scénariste
– Philippe Liotard, sociologue, chargé de mission Égalité-Diversité à l’Université Claude Bernard, Lyon1
– Alain Lipietz, économiste et ancien député européen
– Gérard Lopez psychiatre, président de l’Institut de Victimologie
– Benjamin Lucas, président du Mouvement des Jeunes Socialistes
– Edouard Martin, député européen, ancien syndicaliste
– Thomas Mesnier, député de Charente
– Mickaël Nogal, député de Haute-Garonne, membre de la délégation aux Droits des femmes de l’Assemblée nationale
– Jérémie Peltier, directeur des études à la Fondation Jean Jaurès
– Yves Raibaud, géographe à l’université de Bordeaux et membre du HCEFH
– Roland Ries, maire de Strasbourg
– Fred Robert, directeur immobilier et co-fondateur du réseau Zéromacho
– Gwendal Rouillard, député du Morbihan
– Maxime Ruszniewski, producteur et militant associative
– Grégoire Théry, militant associatif, directeur d’ONG et membre du HCEFH
– Stéphane Viry, député des Vosges, membre de la délégation aux Droits des femmes de l’Assemblée nationale
– Sylvain Waserman, député du Bas-Rhin et Vice-Président de l’Assemblée nationale

 

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