Archives du mot-clé Reddition de comptes

Petit guide de «disempowerment» pour hommes proféministes

[L’article qui suit a été publié par la revue québecoise Possibles dans le n° Le féminisme d’hier à aujourd’hui. Il est mis à disposition ici avec l’autorisation de l’auteur.]

par Francis Dupuis-Déri

Plus souvent qu’on pourrait s’y attendre, des féministes suggèrent qu’il faudrait que plus d’hommes se joignent à leur lutte pour la liberté des femmes et l’égalité entre les sexes. Certaines féministes appellent aussi les hommes à s’engager dans leur mouvement car elles considèrent que le féminisme est bon pour les hommes et pourrait même les libérer des contraintes psychologiques et culturelles que leur imposeraient le patriarcat et le sexisme (c’est, entre autres, la position de bell hooks [2004]). D’autres restent sceptiques face aux hommes qui se disent sympathiques au féminisme, puisque tous les hommes tirent avantage, d’une manière ou d’une autre, du patriarcat et que ces « alliés » ne font souvent que reproduire la domination masculine au sein des réseaux féministes (Blais 2008; Delphy 1998).

Du côté des hommes qui s’identifient comme «proféministes» ou même «féministes», nous nous contentons le plus souvent de nous déclarer pour l’égalité entre les sexes et de déployer quelques efforts pour être respectueux envers les femmes et pour effectuer un peu plus de tâches domestiques et parentales que les autres hommes. Peu nombreux sont ceux qui se mobilisent activement dans les réseaux militants et féministes. Ainsi, trop souvent, les hommes proféministes parlent au nom des féministes, tirent avantage de leur engagement (notoriété, légitimité, etc.) et peuvent aussi harceler et agresser sexuellement des militantes (comme le révèlent des exemples historiques et contemporains, dont des cas survenus lors de la grève étudiante au Québec en 2012). On comprend alors que des féministes peuvent accueillir les hommes proféministes avec méfiance.

D’autres mouvements d’émancipation ont connu cette figure paradoxale et problématique du compagnon de route, membre de la classe privilégiée et dominante. Du côté de la lutte contre le racisme, par exemple, le mouvement contre l’Apartheid en Afrique du Sud et contre la ségrégation aux États-Unis, pour ne nommer que ceux-là, ont dû composer avec des activistes antiracistes membres de la majorité dite «blanche». D’ailleurs, Stokely S. Carmichaël (1968 : 100), un militant afro-américain, rappelait que «[l]’une des choses les plus troublantes avec presque tous les sympathisants blancs du mouvement a été leur peur d’aller dans leur propre communauté, là où sévit le racisme, et de travailler à le supprimer. Ce qu’ils veulent, c’est […] nous dire quoi faire dans le Mississipi», alors qu’il aurait été plus utile qu’ils s’engagent contre le racisme dans leur communauté d’origine européenne (Carmichaël 1968 : 100 ; voir aussi McAdam 2012 : 203-208). Lire la suite

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Andrea n’était pas transphobe

par John Stoltenberg

andrea-dworkin*

Quand Andrea et moi avons fait connaissance en 1974, son premier livre, Woman Hating, était sous presse. Elle a rédigé tous ses écrits ultérieurs dans la maison où nous avons vécu ensemble jusqu’en 2005, quand le monde et moi l’avons perdue.

Un passage de Woman Hating a changé ma vie à jamais :

« La découverte est, bien sûr, que « le masculin » et « le féminin » sont des fictions, des caricatures, des construits culturels. En tant que modèles, ils sont réducteurs, totalitaires, inadaptés au devenir humain. En tant que rôles, ils sont statiques, méprisants pour chaque femme : des impasses tant pour les hommes que pour les femmes. »

Cette interpellation radicale du genre est devenue entre nous une assise commune. C’est sur cette base que nous nous connaissions et aimions. Nous savions venir tous deux d’une culture genrée – elle en tant que femme, moi en tant qu’homme – mais jamais nous n’étions plus proches et n’allions plus loin que lorsque cela cessait de compter, quand nous communiquions simplement de soi à soi. Ou d’âme à âme. Ou de Moi à Toi. Lire la suite

Bienvenue à La profémiliste !

[Voici l’ouverture d’une nouvelle liste]

 La PROFÉMILISTE regroupe des personnes qui souhaitent interagir en vue de l’éradication de la domination masculine. Lancée par des hommes proféministes et ouverte aux femmes, cette liste de discussion internet affirme notre reddition de comptes aux luttes anti-patriarcales en cours. Nous nous retrouvons sur les bases du féminisme radical, à savoir les analyses et les propositions de Christine Delphy, Audre Lorde, Colette Guillaumin, Monique Wittig, Patricia Hill Collins, Andrea Dworkin, etc., ainsi que­ d’alliés comme John Stoltenberg et Léo Thiers-Vidal.

Nous prenons pour cibles l’exploitation, l’appropriation, la domination, dont le système prostitutionnel,…. et autres violences imposées aux femmes. Notre démarche est à la fois collective et individuelle. Lire la suite

Rendre des comptes – un choix politique

par Jonathan Cohen, National Organization for Men Against Sexism (NOMAS)

La reddition de comptes est devenue un mot d’ordre dans le mouvement pour mettre fin à la violence conjugale. Il est presque impossible d’exercer un métier qui traite de la violence conjugale sans entendre parler de la reddition de comptes. Mais si certains soupirent à entendre ces mots, pour les femmes battues, celles qui les défendent et leurs allié-es, c’est un principe essentiel dans le mouvement pour la liberté.

La reddition de comptes, en ce qui concerne le travail contre les violences conjugales, est un terme souvent mal compris. Traditionnellement, la reddition de comptes renvoie au fait que des gens avec moins de pouvoir et d’autorité doivent répondre de leurs agissement à ceux qui ont plus de pouvoir et d’autorité. Nous voyons ceci sur le lieu de travail. Les salarié-es doivent rendre des comptes à leurs employeurs.

Mais dans les mouvements pour la justice sociale et la liberté, la signification et la pratique de la reddition de comptes sont tout à fait différentes. En fait, c’est un retournement de la signification traditionnelle et s’interprète dans le contexte d’une théorie politique de l’oppression. Lire la suite