Violences sexuelles commises par des professionnels de santé : Hippocrate phallocrate ?

[L’article plus bas est de Marilyn Baldeck, déléguée générale de l’Association européennebando_home contre les Violences faites aux Femmes au Travail (AVFT). Cette association organise régulièrement des campagnes de solidarité pour des victimes de violences, on peut y participer ici. Merci à l’auteure pour l’autorisation à republier son article. Source : ici]

par Marilyn Balbeck

Le 5 novembre 2013, la Dre Muriel Salmona m’avait invitée, dans le cadre du colloque « Violences et soins » organisé par l’association Mémoire Traumatique et Victimologie, à présenter les analyses de l’AVFT sur le thème des violences, notamment sexuelles, commises par les professionnels de santé.

Le 29 novembre 2013, lors du colloque sur la santé des femmes organisé par l’association Gynécologie Sans Frontières au Palais du Luxembourg, j’ai été invitée à répondre à la question : « Les violences sexistes au travail, qu’attend-on des soignants ? ». J’en avais profité pour rappeler que le secteur médical était parmi ceux dans lequel on retrouvait le plus d’agresseurs sexuels et pour dire, en substance, qu’on attendait a minima des médecins qu’ils n’agressent pas sexuellement leurs patientes et ne couvrent pas les violences commises par leurs confrères, avant même de leur demander de détecter les victimes et de les soigner. Cette présentation avait été diversement appréciée par un public essentiellement composé de soignant.es. Mme Irène Kahn-Bensaude, pédiatre, vice-présidente du Conseil National de l’Ordre des Médecins et présidente du Conseil de l’Ordre de Paris avait déclaré, sans craindre d’être totalement indécente vis-à-vis des femmes réellement victimes de violences qui étaient au cœur de ce colloque et dont certaines étaient dans la salle, qu’elle avait « subi des violences ce matin, en tant qu’ordinal(e)1 ». Elle faisait référence aux propos que j’avais tenus sur la prévalence des violences sexuelles dans le secteur de la santé et sur la protection des médecins agresseurs par leur ordre professionnel. Le Professeur Henrion (Rapport Henrion, 2001), qui était mon voisin de gauche à la tribune, avait salué mon intervention… mais en aparté, tout de même pas au micro.

En 2014, l’AVFT a été sollicitée par les membres de la mission, chargée par Mme Marisol Touraine, ministre des affaires sociales, de la santé et des droits des femmes, de préconiser des améliorations sur la prise en charge médicale des femmes victimes de violences. Une nouvelle occasion d’évoquer la question des violences sexuelles commises par les professionnels de santé à l’encontre de patientes ou de salariées.

J’ai enfin eu le plaisir de participer à une conférence du cycle de formation de l’Université des femmes sur « les femmes, leurs soins, leurs médecins », le 5 décembre 2014 à Bruxelles, spécifiquement sur les violences sexuelles exercées dans le cadre de la relation médecin/patientes2.

Les lignes qui suivent synthétisent ces différentes interventions.

Les soignants ont la double particularité d’être des maillons essentiels de la chaîne du dévoilement des violences – ils sont régulièrement les premiers à qui les femmes victimes de violences parlent – et d’être trop souvent des acteurs du « système agresseur », quand ils ne sont pas eux-mêmes les agresseurs. Ceci est loin d’être un paradoxe. Les agresseurs ont en effet tout intérêt à avancer masqués pour éviter d’être dénoncés et, quand ils le sont, à ce que les plaignantes ne soient pas crues. Le statut de médecin est un camouflage presque parfait et l’exercice de la médecine offre des « opportunités » idéales d’emprise, d’accès au corps permettant une confusion volontairement entretenue entre gestes médicaux et agressions sexuelles, de création d’une dépendance et de manipulation, qui s’ajoutent aux stratégies habituelles des agresseurs.

Dans les « dossiers » de l’AVFT, les victimes sont des patientes, des salariées de ces soignants (secrétaires médicales, assistantes dentaires…), et peuvent parfois être les deux à la fois, ce qui pose déjà de notre point de vue un sérieux problème déontologique. Certaines sont des étudiantes en médecine et accusent un « professeur des universités – praticien hospitalier ». Elles peuvent aussi être des consœurs, et dans cette hypothèse sont souvent de nationalité étrangère avec un statut précaire. Lire la suite

Défaire les idées toutes faites…

Juste pour information, je signale la publication d’un « nouveau » livre de Claudine Legardinier dans la collection Nouvelles Questions Féministes de chez Syllepse.

C’est un ouvrage qui mérite d’être largement diffusé et connu pour la mine d’informations et les analyses précieuses qu’il développe.

Un outil excellent pour défaire nos idées toutes faites sur le système prostitueur et les « débats » qui l’entoure !  

 

Les autres hommes par John Stoltenberg

[L’article qui suit est tiré du livre Refuser d’être un homme – pour en finir avec la virilité de John Stoltenberg.]

Certains d’entre nous sont les autres hommes dont certains d’entre nous se méfient  beaucoup. Certains d’entre nous sont les autres hommes auxquels certains d’entre nous ne font pas confiance. Pourtant, certains d’entre nous sont les autres hommes que certains d’entre nous veulent approcher et côtoyer. Certains d’entre nous sont les autres hommes que certains d’entre nous rêvent d’embrasser.

Le monde des autres hommes est un monde dans lequel nous vivons derrière une barrière – parce que notre sécurité l’exige, parce que nous comprenons qu’il y a quelque chose chez les autres hommes dont nous savons qu’il faut nous protéger. Le monde des autres hommes est aussi un monde dans lequel nous savons que nous sommes évalués par d’autres hommes, jugés par eux et parfois menacés par eux. Le monde des autres hommes peut être, nous le savons, un endroit inquiétant et dangereux.

Je suis obsédé par les autres hommes depuis très longtemps. J’ai vécu plusieurs années de ma vie à me torturer à propos de mon sentiment de différence vis-à-vis des autres hommes. J’ai voulu plus que tout ressembler aux autres hommes, au-delà même de mes espérances. En même temps, j’ai nourri une terreur à propos des autres hommes : j’ai eu peur qu’ils ne soient pas dupes de mes tentatives d’agir en homme, peur de ne pas être à la hauteur, de ne pas trouver ma place, de ne pas assurer. Beaucoup d’hommes avec qui je parle sont aussi, de diverses façons, obsédés par les autres hommes. Nous n’en parlons pas facilement ; nous n’avons pas vraiment les mots pour cela. Mais le problème est toujours là, en nous et entre nous : de quelle façon se construit-on une identité dans nos relations avec les autres hommes ? Quels sont les arrangements et les gratifications que l’on s’octroie, selon le score que l’on se donne sur une échelle imaginaire de masculinité ? Si vous pensez avoir un score relativement élevé, ou relativement bas, vous faites certains choix de vie, vous choisissez le meilleur lot à tirer de la quantité de virilité que vous croyez posséder. Et toujours, les autres hommes constituent la mesure de l’homme que vous tentez d’être.

En tant qu’individus et en tant que mouvement d’hommes proféministes, nous avons besoin de comprendre la nature de ce problème – pourquoi le problème est celui-là et comment y réfléchir pour pouvoir le résoudre dans nos vies.

La nature du problème

Une des raisons pour lesquelles j’ai commencé à me passionner à tel point pour le féminisme radical est qu’il semblait résoudre pour moi un dilemme au sujet de ma relation aux autres hommes. Lire la suite

Yvon Dallaire : psychologie, sexisme et antiféminisme

[Cet article de Francis Dupuis-Déri, que je reproduis avec son autorisation, a été publié dans la revue Possibles (printemps 2015). 

L’auteur est responsable du Groupe interdisciplinaire de recherche sur l’antiféminisme (GIRAF) associé à l’Institut de recherches et d’études féministes (IREF) à l ’Université du Québec à Montréal (UQAM) et au Réseau québécois en études féministes (REQEF). Il tient à remercier Louise Cossette pour ses commentaires à la lecture d’une version préliminaire de ce texte, et Mélissa Blais pour de nombreuses discussions sur ce sujet. Cela dit, les idées qui y sont exprimées n’engagent que l’auteur. Enfin, ce texte reprend quelques éléments de l’article «Le mythe de la caverne conjugale : d ’une justification contemporaine de l’inégalité dans les couples hétérosexuels», Argument, vol. 10, n° 1, 2008, et certaines idées présentées ailleurs, par exemple dans l’ouvrage collectif Le mouvement masculiniste au Québec : L’antiféminisme démasqué (Montréal, Remue-ménage, 20152ème édition).]

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Lausanne, octobre 2014. Un collectif militant féministe — Les Pires & associé-e-s — a perturbé une séance de formation de psychosexologie appliquée, offerte par le psychologue québécois Yvon Dallaire (et Iv Psalti), scandant des slogans et distribuant un tract (Le Courrier, 2014). En commentaire sur le site du journal Le Courrier, John Goetelen explique, à propos du collectif Les Pires et associé-e-s qu’il « s’agit d’un groupe anarcho-féministe de Grenoble1 ». Sur son blogue Les hommes libres, hébergé sur le site Web de La Tribune de Genève, il « appelle les groupes d’hommes et de femmes concernés par la condition masculine à se défendre plus activement contre ces agressions », les encourageant à ne pas « hésiter à user de la force contre les facho-féministes » (Goetelen 2014). Goetelen est auteur du livre Féminista : ras-le-bol ! et il se présente comme un « passionné de l’humain et des relations hommes-femmes » et un «[a]ntiféministe convaincu et réfléchi2».

Qui est Yvon Dallaire et comment expliquer l’attaque du collectif féministe Les Pires et associés à l’endroit de sa séance de formation? Afin de répondre à la première partie de cette question, précisons qu’Yvon Dallaire est né en 1947, et qu’il est membre de l’Ordre des psychologues du Québec. Il a enseigné la psychologie au Collège de Sainte-Foy (près de Québec) et il est à la fois éditeur (Les Éditions Option santé), thérapeute pour couples, formateur et conférencier. Il se présente comme l’inventeur de l’Approche psychosexuelle, qui propose de recourir à des thèses biologiques pour expliquer des phénomènes psychologiques. Ajoutons qu’Yvon Dallaire est régulièrement invité en Belgique et en France pour y prononcer des conférences ou offrir des cours de formation en sexologie clinique (en collaboration, entre autres, avec Iv Psalti). En 2013 et en 2014, il animait un atelier quotidien lors de la croisière Harmonie conjugale, sur la Méditerranée. Cette activité lui vaudra d’être sanctionné par le comité de discipline de l’Ordre des psychologues pour avoir « omis de sauvegarder en tout temps son indépendance professionnelle » (Sioui 2015)3. Soulignons également qu’Yvon Dallaire a aussi publié près de vingt livres, dont Homme et fier de l ’être (2001), réédité en 2015 sous le titre Homme et toujours fier de l’être, La violence faite aux hommes : Une réalité taboue et complexe (2002), Cartographie d’une dispute de couple (2007), Qui sont les femmes heureuses? La femme, l’amour et le couple (2009), Qui sont les hommes heureux? L’homme, l’amour et le couple (2010). Plusieurs de ses livres ont été traduits en plusieurs langues, notamment en anglais, en arabe, en espagnol, en italien, en portugais, en roumain, etc. Enfin, ce psychologue et auteur est très présent dans les médias européens, où il a été invité, par exemple, pour une série d’entrevues à la radio suisse. Pour ce qui est de sa participation aux média Québécois, il tient, entre autre, une chronique hebdomadaire dans Le Journal de Montréal.

Le féminisme selon Dallaire

Et comment expliquer les accusations d’antiféminisme à l’endroit d’Yvon Dallaire, alors même que celui-ci ponctue ses ouvrages et ses conférences de remarques quant à l’importance de reconnaître que les femmes éprouvent des problèmes, voire parfois que le féminisme est nécessaire? Il faut souligner à ce sujet, que Dallaire présente le plus souvent les hommes comme désavantagés, voire discriminés face aux femmes. Il prétend que la société n’est pas patriarcale et qu’affirmer le contraire le fait «rire» (Dallaire, 2001 : 57). Lors d’une entrevue pour le film La domination masculine, il avance même que « le féminisme, on pourrait dire créée le patriarcat, pour avoir un ennemi contre lequel se battre4.» Sa maison d’édition a publié plusieurs ouvrages masculinistes, dont De l’homme en crise à l ’homme nouveau : Essai sur la condition masculine (2009) et La cause des hommes : Pour la paix des sexes (2004).

Yvon Dallaire se défend pourtant d’être antiféministe ou même «masculiniste», cette forme d’antiféminisme selon lequel les hommes souffrent d’une crise d’identité à cause de l’influence des femmes émancipées, des féministes et de la soi-disant féminisation de la société, il se qualifie plutôt lui-même d’«hoministe» (Dallaire, 2015 : 17). Lire la suite

Prostitution et engagement proféministe

[J’avais proposé une version de l’article suivant à une revue papier, de tendance plutôt marxiste, matérialiste – d’où certaines préoccupations dans le contenu de mon texte – comme finalement il n‘y sera pas publié, je l’affiche ici. Je tiens à remercier pour leur relecture attentive : quelques anonymes, Mélanie Jouitteau, Martin Dufresne, Pierre-Guillaume Prigent et plus particulièrement Gloria Casas Vila, qui est à l’origine de ce texte. Cet article leur doit énormément. Le contenu reste de ma seule responsabilité. (L’article en format pdf: prostitution-engagement proféministe)

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L’abolition de la prostitution est un projet défendu depuis des décennies par de nombreuses féministes. Il n’a cependant pas eu bonne presse ces dernières temps, y compris à gauche (Chollet, 2014). Les féministes abolitionnistes ont obtenu très peu d’espaces pour exprimer leurs analyses dans la plupart des revues de critique sociale, contrairement aux adeptes du « travail du sexe ». Malgré tout, certains présupposés de ces adeptes commencent à voler en éclats.

Le rôle des hommes de gauche a rarement été analysé par d’autres hommes de gauche, « proféministes » ou « antimasculinistes ». Cet article souhaite partiellement combler ce manque. La méthode consistera ici a revenir sur certains arguments avancés par des hommes qui défendent le « travail du sexe » et plus particulièrement certains arguments d’un ouvrage récent : Les luttes des putes de Thierry Schaffauser. Je me sers de ce livre car il me semble représentatif d’un certain militantisme, dirigé par la classe des hommes1. L’auteur connaît le féminisme et s’oppose à une supposée « morale puritaine » qui y sévirait. Il s’agira de voir si son approche s’inscrit dans une démarche proféministe. Je n’ignore pas qu’une partie destéléchargement féministes s’inscrit dans une démarche « pro-travail du sexe » et que Schaffauser peut s’en inspirer. J’utilise son ouvrage comme prétexte pour dessiner en creux des pistes pour un « engagement proféministe ».

L’auteur se range au côté de ceux qu’il nomme très sérieusement les « garçons transpédégouine » et s’attribue le qualificatif de « pute »2. Son travail prioritaire consiste à défendre vertement le groupe dont il est un des représentants, le Strass – lobby mixte qui défend la notion de « travail sexuel »3.

Mes propos pour l’ensemble répéteront nombre d’arguments des féministes radicales. Je ne prétends pas leur apporter du neuf. Cependant, je trouve important de les réitérer auprès d’un lectorat qui professe ou entend régulièrement des affirmations comme : « Le féminisme est devenu un pouvoir aussi tyrannique que le patriarcat qu’il combat » (Berréby et Vaneigem, 2014: 290).

En fin d’article, c’est en tant que professionnel du soin – aide-soignant – que je discuterai un aspect particulier défendu dans son livre : le fait que l’activité prostitutionnelle relèverait d’une forme de care.

Le refus du système prostitutionnel comme disemporwerment (perte de pouvoir) des hommes

L’approche défendue ici est qu’un engagement « proféministe », c’est à dire un engagement d’hommes contre le pouvoir individuel et collectif des hommes, implique un activisme contre le système prostitutionnel. Je précise néanmoins que j’ai longtemps été empêtré dans des approches que je qualifie désormais de libérales : des approches qui s’attachent à militer contre les normes plutôt que contre les hiérarchies, qui confortent le spectacle de représentations consommables, et qui favorisent l’illusion d’avoir détaché l’individu de la société par la performativité individuelle. Je les qualifie de libérales car elles promeuvent une idée de la liberté qui nie les rapports de forces existants et renforcent ainsi les dominants. La liberté n’y est pas pensée en rapport avec l’égalité. Cette approche libérale me semble aujourd’hui incompatible avec l’engagement proposé ici, qui coïncide plutôt avec ce que Francis Dupuis-Déri a désigné sous le nom de disempowerment :

« Le disempowerment des hommes (…) [implique de réduire notre capacité d’agir] en tant qu’hommes et donc en tant que membres de la classe dominante et privilégiée dans le patriarcat. L’engagement des hommes dans un processus individuel et collectif de disempowerment consiste à réduire le pouvoir que nous exerçons individuellement et collectivement sur les femmes, y compris les féministes ». Lire la suite

CLASCHES: Halte à l’inertie de l’université en matière de harcèlement sexuel ! (un communiqué)

[Je reproduis ici le communiqué diffusé hier, avec l’autorisation du CLASCHES. Merci]

Il y a un peu plus de 10 ans, des étudiant.e.s mettaient en cause M. Daniel Welzer-Lang, alors maître de conférences en sociologie, pour des faits de harcèlement sexuel commis à leur encontre. Alertée, la présidence de l’Université Toulouse Le Mirail s’était abstenue de diligenter une enquête et, a fortiori, de prononcer une sanction disciplinaire adéquate[1]. Ce refus de réagir a pour conséquence, aujourd’hui encore, de stigmatiser et sanctionner les personnes qui ont dénoncé les faits.

L’inertie de l’institution a ainsi d’abord permis, malgré les accusations formulées, la nomination de M. Welzer-Lang à un poste de professeur de sociologie fléché « Rapports sociaux de sexe – Travail, genre et sociétés » en 2005. L’obtention de ce poste « genre » permet au mis en cause de paraître encore plus irréprochable (comment un chercheur sur le genre pourrait-il être l’auteur de harcèlement sexuel ?) et jette le discrédit sur les victimes.

L’inertie de l’institution pénalise également les victimes et leurs soutiens : M. Welzer-Lang porte plainte pour diffamation contre l’Association Nationale des Etudes Féministes (ANEF) et de l’Association contre les Violences faites aux Femmes au Travail (AVFT), qui avaient publiquement dénoncé sa nomination, en faisant valoir les nombreux témoignages d’étudiant.e.s dont elles étaient dépositaires. Si, en 2007, le Tribunal de Grande Instance de Toulouse déboute M. Welzer-Lang de sa plainte[2], le message est clair : l’absence de traitement de ces accusations par l’université encourage à maintenir le silence sur les faits dénoncés.L’inertie de l’institution a enfin des effets durables sur les victimes et leurs soutiens : en 2015, M. Welzer-Lang préside le comité de sélection d’un poste de maître.sse de conférences en 19e section intitulé « Inégalités, discriminations, genre ». Outre la cynique ironie de l’histoire, cette situation met en lumière les intolérables conséquences de l’absence de traitement de la question du harcèlement sexuel dans l’enseignement supérieur : les victimes et personnes ayant dénoncé les faits qui sont aujourd’hui candidates à un poste de maître.sse de conférences doivent choisir entre renoncer à candidater ou être évaluées par la personne qu’elles accusent ! L’institution ne pourrait plus clairement décourager les victimes de dénoncer leurs agresseurs.

Nous dénonçons cette situation incompatible avec les règles élémentaires qui doivent prévaloir pour le recrutement d’un.e fonctionnaire, a fortiori dans un contexte de pénurie de postes.

 Nous dénonçons ce système qui protège les personnes accusées de harcèlement sexuel et stigmatise davantage les victimes en empêchant leur recrutement.

Face à cette situation, nous exigeons la suspension de la procédure de recrutement jusqu’à la formation d’un nouveau comité de sélection excluant M. Welzer-Lang et les personnes qui le soutiennent explicitement.
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CLASCHES, Collectif de lutte anti-sexiste contre le harcèlement dans l’enseignement supérieurclasches-logo

ANEF, Association nationale des études féministes

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AVFT, Association européenne contre les violences faites aux femmes au travail

logo

EFiGiES, Association de jeunes chercheuses et chercheurs en études féministes, genre et sexualités

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ANCMSP, Association nationale des candidats aux métiers de la science politique


[1]                [1] Cf. communiqué de l’Association contre les Violences faites aux Femmes au Travail (AVFT) : http://www.avft.org/article.php?id_article=309

[2]                [2] D. Weltzer-Lang est débouté aussi bien au motif de la bonne foi que du vice de forme. Voir http://www.avft.org/article.php?id_article=310

 

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La prostitution et la valeur commerciale des jeunes

par Rachel Moran

[L’article suivant est extrait du livre: Elles ont fait reculer l’industrie du sexe ! Le modèle nordique, sous la direction de Trine Rogg Korsvick et Ane Stø. C’est une co-édition M-éditions (2014) et Syllepse, collection Nouvelles Questions Féministes (début 2015). Je remercie ces deux éditions et le traducteur pour l’autorisation de republication.]elles ont fait reculer...

Les gens qui affirment que la prostitution serait libre de toute coercition, traite, exploitation des mineures, bref, de tout ce qui l’empêche d’être une sorte de bacchanale licensieuse et transparente n’impliquant que des adultes consentants,  passent sous silence un aspect réel et essentiel du système prostitutionnel: la question de la valeur commerciale des jeunes.

Tout comme dans certains véritables secteurs d’emploi, comme la mode ou la danse professionnelle, la jeunesse est un attribut hautement prisé. Or, contrairement au travail de mannequin ou à la danse, la jeunesse en prostitution est valorisée beaucoup plus que la beauté et la fluidité de mouvement. Pour être la plus recherchée dans cette industrie, vous n’avez pas besoin d’être la plus jolie fleur du parterre – il vous suffit de faire partie des plus fraîches. Et ce que vous pouvez faire ou pas avec votre corps ne compte pas. La seule chose qui importe, c’est qu’il n’a pas été de ce monde bien longtemps.

L’une des questions les plus fréquemment posées par les hommes qui font appel à un bordel, c’est « Quel âge a la plus jeune de vos filles? » Je ne peux pas vous dire combien de fois on m’a posé cette question. Je défie quiconque ayant été préposé à l’accueil d’un bordel d’oser me mentir en soutenant que ce n’est pas la question la plus fréquente qu’on lui ait posée, à elle aussi.

La valeur commerciale des jeunes fait si profondément partie du système prostitutionnel que les femmes mentent régulièrement sur ​​leur âge pour essayer de racoler plus de clients. Ceux-ci le savent, bien sûr, et si les femmes se rajeunissent de quelques années, de leur côté, les clients en rajoutent : « J’ai vingt-six ans, je vais lui dire vingt-trois » / « Vingt-trois ans ? Cela veut dire vingt-six. »

Personne ne trompe personne ici, et cette pathétique mascarade ne sert qu’à révéler le sens de ces petits mensonges. Ce que cela démontre, bien sûr, c’est que les hommes qui achètent des corps pour du sexe veulent habituellement acheter les corps les plus jeunes possible.

L’année dernière, la BBC a signalé que des prostituées de 13 ans faisaient le trottoir à Swindon, dans le comté du Wiltshire. « Revenez durant le week-end et vous trouverez ici des filles de 13 à 19 ans », a déclaré une femme prostituée aux journalistes.

Quand je lis de tels comptes rendus, je ne peux que soupirer, imaginant d’avance l’indignation des gens. Cette indignation me tue, qu’elle soit authentique ou pas. Parce que si elle l’est, cela prouve que nous avons du chemin à faire pour éduquer les gens à la réalité de la prostitution. Et si elle ne l’est pas, eh bien, c’est une preuve de plus à ajouter au tsunami d’informations sur cette question: jusqu’où certaines personnes sont-elles prêtes à aller pour contrecarrer tout examen réaliste du système prostitutionnel ? Lire la suite

À propos du genre

[L’article qui suit provient du site féministe Sisyphe, dispo en 2 parties ici et encore ici. Je le republie parce qu’il complète une série, déjà longue, de critiques féministes trop méconnues du queer. Par exemple: Nicole-claude Mathieu et Danielle Charest, Christine Delphy (dans sa préface à Les femmes de droite), Léo Thiers-vidal/Sabine Masson, Louise Turcotte, Catharine MacKinnon (avec « Féminisme marxisme et postmodernisme »). L’intérêt, avec le texte suivant, est toujours de rompre avec le statu-quo, favorisé par le système de genre et ses bénéficiaires (les hommes). Et force est de constater que  sur ces points, le queer présente des lacunes profondes qu’il s’agit d’expliciter. (L’article est reproduit avec l’autorisation des traducteur-es et du site Sisyphe: merci !) ]

Lors d’un « féminaire » organisé à l’intention des membres du London Feminist Network (Réseau féministe de Londres) en mai 2010, Debbie Cameron et Joan Scanlon, éditrices de la revue britannique Trouble & Strife, ont animé un atelier au sujet du concept de genre et de sa signification pour le féminisme radical. On trouvera ci-dessous une transcription révisée de leurs propos informels.

I. Qu’est-ce que le genre ? D’où vient la confusion qui l’entoure ?

Debbie Cameron : Le but de la discussion d’aujourd’hui est de tenter de déblayer une partie de la confusion théorique et politique qui entoure présentement le concept de genre. Il est probablement utile de commencer par se demander d’où vient cette confusion.

De nos jours, les conversations au sujet du « genre » achoppent souvent sur des problèmes parce que les personnes qui en parlent emploient le même mot en lui donnant en gros la même signification, alors qu’en y regardant de plus près, elles ne parlent pas des mêmes questions à partir de la même approche. Par exemple, quand nous avons lancé l’anthologie The Trouble & Strife Reader1 à la Foire du livre radical d’Edimbourg, des étudiantes sont venues nous dire leur satisfaction de voir ce livre publié, mais aussi leur surprise qu’il y soit si peu question du genre. Pourtant, ce livre ne parle que de cela, du genre, au sens féministe radical du mot, soit les relations de pouvoir entre femmes et hommes, de sorte qu’à nos yeux, cette réaction était assez surprenante. Joan ne la comprenait tout simplement pas au départ. Pour ma part, j’ai compris ce qu’elles voulaient sans doute dire car je suis toujours universitaire, et à l’université on entend beaucoup le mot « genre » utilisé de cette manière. Voici la clé de l’énigme : pendant les années 90, les théoricien.ne.s et activistes queer ont élaboré une nouvelle façon de parler du genre. Leur approche présentait bien sûr des points communs avec le vocabulaire féministe plus établi, mais elle présentait un accent différent ; elle était sous-tendue par une théorie différente. Il s’agissait au fond de la théorie postmoderniste de l’identité associée à la philosophe Judith Butler, bien que je doute que Butler elle-même dirait que les féministes n’avaient pas d’analyse critique du genre. Il découla de cette nouvelle approche des choix de politiques très différents. Pour les gens qui ont alors tiré leur formation soit en côtoyant la théorie féministe universitaire, soit en s’impliquant dans le système de pensée et l’activisme queer, c’est le sens que prit le concept de « genre ». Ces personnes crurent ce qu’on leur avait dit, à savoir que les féministes des années 70 et 80 n’avaient pas d’analyse critique du genre, ou qu’elles n’avaient pas la bonne analyse, dans la mesure où leurs idées sur le genre relevaient de « l’essentialisme » plutôt que de « la construction sociale » de l’identité. Lire la suite

Petit guide de «disempowerment» pour hommes proféministes

[L’article qui suit a été publié par la revue québecoise Possibles dans le n° Le féminisme d’hier à aujourd’hui. Il est mis à disposition ici avec l’autorisation de l’auteur.]

par Francis Dupuis-Déri

Plus souvent qu’on pourrait s’y attendre, des féministes suggèrent qu’il faudrait que plus d’hommes se joignent à leur lutte pour la liberté des femmes et l’égalité entre les sexes. Certaines féministes appellent aussi les hommes à s’engager dans leur mouvement car elles considèrent que le féminisme est bon pour les hommes et pourrait même les libérer des contraintes psychologiques et culturelles que leur imposeraient le patriarcat et le sexisme (c’est, entre autres, la position de bell hooks [2004]). D’autres restent sceptiques face aux hommes qui se disent sympathiques au féminisme, puisque tous les hommes tirent avantage, d’une manière ou d’une autre, du patriarcat et que ces « alliés » ne font souvent que reproduire la domination masculine au sein des réseaux féministes (Blais 2008; Delphy 1998).

Du côté des hommes qui s’identifient comme «proféministes» ou même «féministes», nous nous contentons le plus souvent de nous déclarer pour l’égalité entre les sexes et de déployer quelques efforts pour être respectueux envers les femmes et pour effectuer un peu plus de tâches domestiques et parentales que les autres hommes. Peu nombreux sont ceux qui se mobilisent activement dans les réseaux militants et féministes. Ainsi, trop souvent, les hommes proféministes parlent au nom des féministes, tirent avantage de leur engagement (notoriété, légitimité, etc.) et peuvent aussi harceler et agresser sexuellement des militantes (comme le révèlent des exemples historiques et contemporains, dont des cas survenus lors de la grève étudiante au Québec en 2012). On comprend alors que des féministes peuvent accueillir les hommes proféministes avec méfiance.

D’autres mouvements d’émancipation ont connu cette figure paradoxale et problématique du compagnon de route, membre de la classe privilégiée et dominante. Du côté de la lutte contre le racisme, par exemple, le mouvement contre l’Apartheid en Afrique du Sud et contre la ségrégation aux États-Unis, pour ne nommer que ceux-là, ont dû composer avec des activistes antiracistes membres de la majorité dite «blanche». D’ailleurs, Stokely S. Carmichaël (1968 : 100), un militant afro-américain, rappelait que «[l]’une des choses les plus troublantes avec presque tous les sympathisants blancs du mouvement a été leur peur d’aller dans leur propre communauté, là où sévit le racisme, et de travailler à le supprimer. Ce qu’ils veulent, c’est […] nous dire quoi faire dans le Mississipi», alors qu’il aurait été plus utile qu’ils s’engagent contre le racisme dans leur communauté d’origine européenne (Carmichaël 1968 : 100 ; voir aussi McAdam 2012 : 203-208). Lire la suite

Ce que j’attends des progressistes : de la solidarité, bordel !

[FEM_CURRENT_logoL’article suivant est tiré du site Feminist current que Meghan Murphy – l’auteure – a fondé. Si vous êtes anglophone, je vous invite vivement à y aller jeter plus qu’un oeil.]

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Donc, vous vous targuez d’être « progressiste ». Peut-être vous qualifiez-vous d’« allié ». Vous savez des choses sur les mouvements sociaux, sur l’activisme et vous faites du lyrisme sur la révolution, la justice et la solidarité. Vous êtes contre la pauvreté, la gentrification, la guerre, le capitalisme, la mondialisation et la grande entreprise. Vous vous qualifiez de colon parce que vous êtes sur un territoire qui n’est pas le vôtre – territoire que vos ancêtres ont volé à des populations qu’ils ont violées, maltraitées et essayé de détruire. Vous parlez de votre privilège : votre privilège masculin, votre privilège blanc, votre privilège cis, votre privilège de classe, votre privilège de personne mince, votre privilège merdique de crâne non-dégarni. Quel qu’il soit – vous l’avez répertorié. Pas un ne manque. Vous les avez tous mis sur votre profil Twitter. On comprend que vous avez compris. Félicitations, vous êtes radicaux.

Et si vous faisiez preuve de solidarité?

Je demeure choquée par le peu d’importance de la vie des femmes aux yeux des progressistes. Vous semblez capables de vous situer intellectuellement par rapport à tout (ou du moins, c’est ce que vous prétendez)… sauf l’oppression des femmes. Maintes et maintes fois, je remarque que des femmes quittent des conjoints agresseurs, pour voir tout de même ceux-ci acclamés comme progressistes et radicaux par d’autres hommes et femmes, en conservant le soutien de leurs communautés. Les femmes sont continuellement trahies par ceux qui sont censés être leurs alliés. Et ça fait mal, bordel !

Je ne pense pas que la plupart des hommes savent ce que ça fait. Lire la suite

Encore plus d’inégalités et de risques pour les femmes et les enfants victimes de violences

Contre la proposition de loi relative à l’autorité parentale et à l’intérêt de l’enfant N°1856

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Est-ce une méconnaissance de la situation des victimes de violences conjugales ou les enfants victimes de violences intra familiales? Nous ne savons plus quoi penser des propositions législatives qui se penchent sur le sort des familles séparées. Une fois encore, ce texte a été rédigé dans la rapidité, (déposé le 1er avril, il sera examiné en première lecture à l’Assemblée Nationale le 19 mai), sans prendre en compte les urgences de terrain rapportées par les associations féministes depuis des années maintenant, et sans prioriser les garde-fous pour les victimes de violences conjugales et leurs enfants.


Les associations signataires, indiquent leur ferme opposition au texte proposé par les député-e-s Bruno LE ROUX, Marie-Anne CHAPDELAINE, Erwann BINET, Barbara POMPILI, François de RUGY, Véronique MASSONNEAU, et l’ont fait savoir lors de récentes audiences, ainsi qu’au Ministère des Droits des Femmes, au Secrétariat d’Etat à la famille et à la Délégation des Droits des Femmes à l’Assemblée Nationale.fnsf-logo3919-small


Nous demandons à Mesdames et Messieurs les Sénatrices et Sénateurs , à Mesdames et Messieurs les député-e-s et au gouvernement de ne pas acter ce texte qui est contraire aux préconisations de la Convention d’Istanbul (Convention du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique) que la France est en passe de ratifier. Il vient en particulier en contradiction avec son article 31 qui préconise une législation plus protectrice pour les victimes de violences au sein des couples et leurs enfants.
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Andrea n’était pas transphobe

par John Stoltenberg

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Quand Andrea et moi avons fait connaissance en 1974, son premier livre, Woman Hating, était sous presse. Elle a rédigé tous ses écrits ultérieurs dans la maison où nous avons vécu ensemble jusqu’en 2005, quand le monde et moi l’avons perdue.

Un passage de Woman Hating a changé ma vie à jamais :

« La découverte est, bien sûr, que « le masculin » et « le féminin » sont des fictions, des caricatures, des construits culturels. En tant que modèles, ils sont réducteurs, totalitaires, inadaptés au devenir humain. En tant que rôles, ils sont statiques, méprisants pour chaque femme : des impasses tant pour les hommes que pour les femmes. »

Cette interpellation radicale du genre est devenue entre nous une assise commune. C’est sur cette base que nous nous connaissions et aimions. Nous savions venir tous deux d’une culture genrée – elle en tant que femme, moi en tant qu’homme – mais jamais nous n’étions plus proches et n’allions plus loin que lorsque cela cessait de compter, quand nous communiquions simplement de soi à soi. Ou d’âme à âme. Ou de Moi à Toi. Lire la suite

Prendre le Droit : Sous-tenez / adhérez à nos combats féministes !

Prendre le Droit – Féministes pour un monde sans viol[s]*est une association indépendante qui a pour champ d’action et de réflexion la lutte contre les violences masculines exercées à l’encontre des femmes.

Elle dénonce et combat en priorité les violences « sexuelles » en puisant dans les compétences, savoir-faire, analyses et outils conçus ou inspirés par le mouvement féministe. Les moyens de ce combat sont notamment :

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La mise à nu du caractère patriarcal du droit français et la critique du traitement judiciaire des violences masculines exercées à l’encontre des femmes

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L’intervention aux côtés des victimes, majeures et mineures, quel que soit leur sexe

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La sensibilisation, la formation, le transfert et l’échange de compétences et savoir-faire sur l’accueil et l’accompagnement des victimes de violences « sexuelles » avec les professionnel.les concerné.es

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La sensibilisation au respect du désir et de la volonté de sa/son partenaire et de soi-même.

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* Englobe ici toute forme d’atteintes physiques et psychiques à caractère sexuel même sans pénétration

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Prendre le droit est une association résolument féministe qui lutte contre le violarcat, système de domination exercé par les hommes en soumettant les femmes et les enfants aux violences « sexuelles ».

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La barbe. (parution du livre)

La Barbe! Cinq ans d’activisme féministe

Préface de Christine Delphy. – Nombreuses illustrations en noir et blanc

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« AU PATRIARCAT, LES GRANDS HOMMES RECONNAISSANTS! » — « BRAVO MESSIEURS! » — « FEMMES SAVANTES, FEMMES BARBANTES »

Sous cette forme d’interpellation ironique et décalée, des militantes d’un autre genre, chœur de citoyennes affublées de barbes postiches, investissent depuis 2008 les lieux de pouvoir. Le but est clair: ridiculiser, en le rendant visible, l’entre-soi masculin qui s’y perpétue. Car derrière l’impertinence et la légèreté du ton, il y a colère, il y a révolte, face au scandale de la domination masculine dans les arts et la culture, l’économie, l’enseignement, la justice, les médias, l’humanitaire, la politique, les sciences, le sport… Lire la suite

Démystifier le Mouvement de Défense Des Hommes

[La traduction suivante a été effectuée par la collective Tradfem, avec l’autorisation de l’auteur, Owen Lloyd. Afin d’exporter la pertinence de son texte à la France, Tradfem a ajouté des données dans les notes de bas de pages.]

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Les militants des droits des hommes: Des hommes qui se plaignent de problèmes causés par d'autres hommes et qui rejettent la responsabilité sur le féminisme d'une façon ou d'une autre.
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Ce qui suit est une réponse à une liste de propos et arguments classiques présentés par les activistes des droits des hommes.

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    1 . LE SUICIDE : le taux de suicide des hommes est 4,6 fois plus élevé que celui des femmes. [26 710 hommes pour 5 700 femmes, selon le Département Health & Human Services]

Ce n’est pas faute d’avoir essayé : les femmes tentent de se suicider trois fois plus souvent que les hommes 1. Les chercheur-es ont constaté que la socialisation différente des sexes est l’explication la plus pertinente du succès relatif des hommes dans leurs tentatives de suicide. Aux États-Unis par exemple, il a été démontré que les tentatives de suicide non-abouties sont considérées comme « féminines » alors que les réussites sont considérées comme masculines. En d’autres termes, la peur d’être étiqueté « féminin » ou « faible » dans une culture de suprématie masculine encourage les hommes à s’assurer que leurs tentatives aboutissent2. La statistique donnée ici masque aussi que beaucoup de ces « suicides » étaient en fait des meurtres-suicides. Aux États-Unis, on estime que 1.000 à 1.500 personnes meurent dans des attaques-suicides de ce genre chaque année3. Plus de quatre-vingt dix pour cent des criminels sont des hommes ; presque toutes les victimes sont des femmes4.

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    2 . L’ESPÉRANCE DE VIE : l’espérance de vie des hommes est de 7 ans inférieure à celle des femmes [les hommes : 72,3 ans ; les femmes : 79 ans, selon le National Center for Health Statistics], et ils reçoivent seulement 35 % des dépenses publiques de soins et de frais médicaux.

Voilà une curieuse déclaration. Si les femmes vivent 7 ans de plus que les hommes, il devrait être évident qu’elles reçoivent plus d’aide de soins : car les personnes les plus âgées sont celles qui ont le plus besoin d’être prises en charge par la collectivité, et les personnes les plus âgées sont majoritairement des femmes. Par ailleurs, le secteur des assurances fait payer chaque année 1 milliard de dollars de plus aux femmes pour accéder à l’assurance maladie, pour les mêmes niveaux de couverture que ceux reçus par les hommes5, et jusqu’à 53 % de plus pour le même régime de protection individuelle6, malgré une meilleure santé globale des femmes, et en dépit du fait que leur revenu est 23 % inférieur à celui des hommes7.

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    3 . LA GUERRE : les hommes sont quasi-exclusivement les seules victimes des guerres. [Les pertes au Vietnam : 47 369 hommes contre 74 femmes, selon le Département Défense]

La première chose à dire, c’est que si les appelés envoyés dans les guerres d’agressions impériales peuvent être parfaitement appelés « victimes », ils sont alors victimes de ceux qui sont responsables des guerres dans lesquelles ils se sont battus. Et ceux qui sont responsables sont des hommes. Tous les présidents et vice-présidents ont été des hommes. Tous les membres du bureau de l’état major ont été des hommes. Les deux branches du Congrès ont toujours été dominées par les hommes. Les sondages réalisés depuis le Vietnam montrent que ce sont les hommes qui ont soutenu ces derniers pour entrer en guerre, et qu’ils sont les plus enclins à soutenir les guerres en cours8. A chaque niveau d’analyse, ce sont des hommes qui sont responsables des guerres, et blâmer de quelque manière les femmes pour les morts au front est non seulement ridicule, mais aussi insensé. Si nous voulons mettre fin à ces morts, nous devons arrêter ceux qui en sont responsables : les hommes politiques, les militaires, les entrepreneurs de guerre, et les propagandistes qui les perpétuent. Lire la suite

L’antiféminisme (extraits)

[Plus bas, un extrait du livre Les femmes de droite d’Andrea Dworkin, publié par les éditions du remue-ménage. indexC’est à ce jour le seul ouvrage de cette féministe radicale américaine traduit. Il est en vente ici: Violette & Co. Les extraits qui suivent sont tirés du dernier chapitre intitulé « L’antiféminisme ».

Les femmes de droite est un livre d’autant plus puissant qu’il est précédé d’une préface où Christine Delphy explicite entre autres les divergences entre le queer et le féminisme radical.

Un ouvrage, riche, à lire.

Des articles d’Andrea Dworkin ont été aussi publiés dans l’anthologie Pouvoir et violence sexiste (Éditions Sisyphe). ]

Le féminisme est une philosophie politique qui suscite beaucoup de haine. C’est vrai dans tout le spectre politique reconnaissable défini par les hommes, de l’extrême-droite à l’extrême-gauche. Le féminisme est haï parce que les femmes sont haïes. L’antiféminisme est une expression directe de la misogynie ; c’est l’argumentaire politique de la haine des femmes. Il en est ainsi parce que le féminisme est le mouvement de libération des femmes. L’antiféminisme, dans l’une ou l’autre de ses familles politiques, soutient que la condition sociale et sexuelle des femmes incarne essentiellement (d’une manière ou d’une autre) leur nature, que la façon dont les femmes sont traitées dans le sexe et dans la société est conforme à ce que sont les femmes, que la relation fondamentale entre les hommes et les femmes – dans le sexe, la reproduction et la hiérarchie sociale – est à la fois nécessaire et inévitable. L’antiféminisme soutient la conviction que la violence infligée aux femmes par les hommes, en particulier dans le sexe, possède une logique implicite qu’aucun programme de justice sociale ne peut ou ne devrait éliminer; et que puisque l’utilisation que les hommes font des femmes découle de leurs natures distinctes et opposées qui convergent dans ce qu’on appelle « le sexe », les femmes ne sont pas violentées quand on les utilise en tant que femmes, mais simplement utilisées pour ce qu’elles sont par les hommes en tant qu’hommes. On reconnaît qu’il existe certains excès de sadisme masculin – commis par des individus dérangés, par exemple – mais en général, l’avilissement massif des femmes n’est pas perçu comme une violation de la nature des femmes en tant que telles. Par exemple, la nature d’un homme serait violée si quelqu’un pénétrait son corps de force. Mais le même incident ne transgresse pas la nature d’une femme, même si cela lui a fait mal. La nature d’un homme ne provoquerait pas qui que ce soit à pénétrer son corps de force. Mais la nature d’une femme provoque une telle pénétration – en outre, une blessure ne prouve pas qu’elle ne voulait pas cette pénétration ou même cette blessure, puisqu’il est dans sa nature de femme de désirer être pénétrée de force et blessée de force. Une femme est violée toutes les trois minutes aux États-Unis, selon des estimations conservatrices, et dans chacun de ces viols, c’est la nature de la femme et non l’acte de l’homme qui est mise en cause. Il n’y a assurément aucune reconnaissance sociale ou juridique du viol comme acte de terrorisme politique. Lire la suite

Contre la dynamique incestueuse des familles : les intellectuels au secours de la pédophilie. Le temps des années 1970

[Plus bas, un autre article tiré du même ouvrage coordonné par Dorothée Dussy: L’inceste, bilan des savoirs, publié aux éditions La Discussion en janvier 2013. Cet article est écrit par  l’historienne Anne-Claude Ambroise-RenduIncesteBilanDesSavoirs. J’ai choisi de le reproduire car il renseigne sur cette période qu’on appelle la « libération sexuelle » et qu’il permet  de relativiser les connotations progressistes qui y sont attachées. On y croise des libertaires, le journal  Libération ou encore un futur prix Renaudot. Et concernant la pédophilie, on y lit que les libérateurs-libérés se caractérisent surtout par un engagement réactionnaire, contre-révolutionnaire: une défense du pouvoir masculin, une demande d’extension de la disponibilité sexuelle des dominé-es à l’égard des dominants, l’expression d’une misogynie décomplexée et un aveuglement confortable sur les rapports de pouvoir et les violences exercées. Autant d’actes – constitutifs et producteurs de l’identité masculine – qui doivent cesser.

Ici, l’article appuie et  développe le constat effectué par Patrizia Romito dans Un silence de mortes – la violence masculine occultée: « Dans leurs écrits, les associations pédophiles revendiquent des objectifs nobles: libérer les enfants, mais aussi les gays et les lesbiennes, et les femmes en général, d’une société sexophobe et répressive. »(page233) Lorsqu’on lit les propos d’un Richard Gardner (l’inventeur du Syndrome d’Aliénation Parentale), on constate une continuité certaine avec les libérateurs-libérés pour présenter la pédocriminalité de façon positive, telle une évidence. L’éclairage sur les tactiques militantes masculines, posé ici par l’historienne, servira je l’espère à contrecarrer les discours libéraux toujours présents.

Un pdf de l’article est dispo en bas de page. Pour commander l’ouvrage où il figure, il suffit toujours d’envoyer 8€ en chèque à cette adresse: Editions La Discussion // 39 rue Léon Bourgeois // 13001 Marseille. Je remercie vivement les éditions La Discussion pour m’autoriser la republication de l’article.  ]

    L’aveu concernant les relations sexuelles entre adultes et enfants a été porté sur la place publique par des écrivains comme Gide et Montherlant dès l’entre-deux guerres. Il s’agissait pour ces écrivains de défendre publiquement des pratiques amoureuses en même temps qu’un projet littéraire centré sur la sincérité. Mais c’est à la deuxième génération de pédophiles1, que les médias qualifient parfois de néo-pédophiles2 qu’il reviendra d’adopter une posture militante dans le contexte d’une revendication générale sur le droit au plaisir.

    Les années de la décennie 1970 foisonnent d’idées neuves et témoignent quotidiennement de la volonté d’une partie active de la jeunesse de réexaminer toutes les questions relatives à la sexualité, à la différence des sexes, au droit qui régit ces questions sous un angle politique. C’est le temps d’un vaste mouvement de remise en question permanente et résolument critique qui n’épargne aucun sujet et emprunte toutes les formes possibles. Le grand réexamen ouvre ainsi des chantiers nouveaux au sein desquels toutes les formes de préjugés, d’a-priori et de conformisme sont soumises à la moulinette infatigable du questionnement.

    Au coeur de cet argumentaire, l’inceste occupe une place ambiguë : considéré par les uns comme une sexualité libérée, il est condamné par les autres qui y voient l’incarnation concrète de tous les abus de pouvoir susceptibles d’être perpétrés au sein de la famille et interrogé par certains comme le socle d’une répression tous azimuts de la sexualité enfantine. Lire la suite

Les femmes s’en vont en lutte !

Les femmes s’en vont en lutte ! Histoire et mémoire du féminisme à Rennes (1965-1985) en souscription jusqu’au 12 février 2014

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Présentation :
Aboutissement d’une recherche menée pendant près de 4 ans, Les femmes s’en vont en lutte ! Histoire et mémoire du féminisme à Rennes (1965-1985) se veut à la fois hommage aux militant.e.s des années 1960-1970-1980, outil de réflexion pour les féminismes contemporains et contribution à la recherche en histoire du féminisme et des mouvements sociaux.
Basées tant sur des témoignages d’actrices et d’acteurs des luttes pour l’égalité menées à Rennes pendant 20 ans que sur des archives, privées et institutionnelles, les analyses présentées montrent l’importante participation des Rennais.es aux luttes féministes et à la conquête de droits pour les femmes en France.
L’association Histoire du féminisme à Rennes :
Patricia Godard et Lydie Porée ont créé au printemps 2012 l’association Histoire du féminisme à Rennes pour accueillir leurs activités de recherche sur l’histoire des luttes féministes à Rennes de 1965 à 1985. L’association a pour objet d’écrire et de transmettre l’histoire des luttes féministes à Rennes, de favoriser les initiatives concourant à cette écriture et cette transmission, d’œuvrer à la constitution et à la valorisation de sources (archives, témoignages oraux…) sur l’histoire du féminisme à Rennes. L’association est féministe, c’est-à-dire qu’elle contribue à lutter contre les inégalités entre les femmes et les hommes. Lire la suite

Une justice masculiniste : le cas des affaires d’inceste

[IncesteBilanDesSavoirsJe reproduis plus bas un article de Dorothée Dussy, tiré du livre qu’elle a coordonné: L’inceste, bilan des savoirs. Cet ouvrage,  qui comprend une douzaine d’articles de fond, a été publié en 2013 aux éditions La discussion . Je vous invite vivement à envoyer la modique somme de 8€ par chèque, à l’adresse des éditions, afin de recevoir un exemplaire: Editions La Discussion // 39 rue Léon Bourgeois // 13001 Marseille. Je signale par ailleurs que Dorothée Dussy a également publié aux mêmes éditions le premier volume de sa trilogie consacré à l’inceste. Le berceau des dominations, LeBerceauDesDominationsc’est son titre, est une étude profonde et incisive sur les incesteurs, un travail remarquable et très utile. Il a été publié également chez La Discussion (8€ port compris, aussi).

Je remercie beaucoup les éditions La Discussion pour me permettre de reproduire l’article qui suit. (Un pdf  est dispo en bas de page.)  ]

Dans les affaires d’inceste1, le système judiciaire profite indubitablement au délinquant. C’est une exception aux systèmes de justices des pays occidentaux qui, tous, ont été marqués ces dernières décennies par l’amélioration de la reconnaissance des préjudices subis par les victimes d’actes criminels. On montrera ici qu’une telle exception a été rendue possible car le droit n’est pas neutre, et les délais de prescription des dépôts de plainte, l’administration de la preuve, ainsi que le quantum des peines infligées, sont indexés à une conception masculiniste de la sexualité, de la personne et de la famille. Au bout du compte, malgré une répression croissante des crimes sexuels sur le papier, les recours à la justice aboutissent rarement à la reconnaissance des abus sexuels. Selon les statistiques du Ministère de la Justice2, aux assises, 50 % des procès pour meurtres sont suivis d’une condamnation, et seulement 2 % des procès pour viol. Les affaires judiciaires (Boltanski, Claverie, Offenstadt et Van Damme, 2007) étant des moments de crise où magistrats et justiciables doivent justifier leurs paroles et leurs positions, les propos échangés autour des procès pour inceste sont des révélateurs de réel qui permettent, on le verra, de comprendre où s’enracine le décalage entre théorie et pratique de la justice. Lire la suite

Bienvenue à La profémiliste !

[Voici l’ouverture d’une nouvelle liste]

 La PROFÉMILISTE regroupe des personnes qui souhaitent interagir en vue de l’éradication de la domination masculine. Lancée par des hommes proféministes et ouverte aux femmes, cette liste de discussion internet affirme notre reddition de comptes aux luttes anti-patriarcales en cours. Nous nous retrouvons sur les bases du féminisme radical, à savoir les analyses et les propositions de Christine Delphy, Audre Lorde, Colette Guillaumin, Monique Wittig, Patricia Hill Collins, Andrea Dworkin, etc., ainsi que­ d’alliés comme John Stoltenberg et Léo Thiers-Vidal.

Nous prenons pour cibles l’exploitation, l’appropriation, la domination, dont le système prostitutionnel,…. et autres violences imposées aux femmes. Notre démarche est à la fois collective et individuelle. Lire la suite

Pirouettes rhétoriques, concepts farfelus, inversion des rôles, travestissement des réalités, et toujours le refus de l’égalité

[Voici plus bas, la recension du livre Contre le masculinisme, écrit par le collectif Stop masculinisme et dont j’avais déjà annoncé la sortie il y a quelques semaines.  Je remercie Didier Epsztajn pour tout son travail.]

Voici un petit livre qui mériterait une très large diffusion. Bien écrit, bien argumenté, sans simplisme ni évitement de questions dérangeantes, les auteur-e-s nous proposent des analyses et des contre-arguments face aux écrits et actions des masculinistes, de ceux qui refusent l’égalité réelle entre les êtres humains. Ces masculinistes entendent défendre leurs privilèges de dominants, les privilèges des hommes, dans les rapports sociaux de sexe (système de genre, patriarcat).couv Lire la suite

Un entretien avec Christine Delphy – Politis

[Publié en octobre dernier et effectué par Ingrid Merckx, l’entretien suivant est extrait du n°1272 de la revue Politispolitis. Je le reproduis avec l’aimable autorisation de Christine Delphy et d’Ingrid Merckx – merci à toutes deux.]

Le Lieu-dit, à Paris, était comble le 28 septembre pour la conférence organisée avec Christine Delphy à l’occasion de la réédition de son ouvrage phare. «L’Ennemi principal est un document de référence dans les études féministes. Ses deux tomes retracent l’évolution d’une pensée en mouvement», a souligné la sociologue Sylvie Tissot. Exemple : à propos du mariage pour tous, où Christine Delphy est passée du manque d’intérêt – «Ma génération était plutôt pour la suppression du mariage pour tout le monde» – au soutien. Une fracture s’est dessinée entre cette féministe « marxiste matérialiste et radicale » et plusieurs jeunes auditrices à propos de la transsexualité. « Je ne vois pas en quoi soutenir une femme qui veut devenir un homme, et donc passer dans le camp de l’oppresseur, est un combat féministe », a-t-elle déclaré.

Environ trente ans se sont écoulés entre le premier article, éponyme, de l’Ennemi principal et le dernier article. Quelle différence d’impact entre alors et maintenant ?
delhpy1bChristine Delphy: Il n’y en a pas tant que ça. L’article le plus connu, « L’ennemi principal », porte sur les grandes structures du patriarcat et l’exploitation économique des femmes. Cela n’a, malheureusement, pas beaucoup changé. Le non-partage du travail dit  domestique est quasi le même. Le travail paraprofessionnel – que les femmes font pour leur mari sans recevoir de rétribution (comptabilité, accueil des clients, travaux en tous genres…) – a un peu diminué, notamment avec le déclin de l’agriculture. Mais de nouveaux métiers indépendants se sont créés. Et, dans ce domaine, on ne sait rien des inégalités. Lire la suite

Le 2ème livre chez Bambule : CONTRE LE MASCULINISME – guide d’autodéfense intellectuelle.

Par le collectif Stop masculinisme

Des hommes divorcés, perchés en haut d’une grue, qui se disent lésés par une justice qui  leur confisquerait leurs enfants ; des associations défendant les hommes battus et criant à la manipulation des chiffres sur les violences conjugales ; des groupes de parole destinés à des hommes en perte de repères et en quête d’une nouvelle identité masculine.
« Droits des pères », « violences et discriminations à l’encontre des hommes », « crise de la masculinité », tels sont les thèmes chers aux masculinistes. Associations, psychologues, militants, figures médiatiques ou simples quidams, ils sont un certain nombre à affirmer qu’aujourd’hui ce sont les hommes qui souffrent, qu’ils sont victimes des femmes qui auraient pris le pouvoir, des féministes qui seraient allées trop loin, bref d’une société «matriarcale ».couv
Adeptes de la victimisation et de l’inversion des rôles, les masculinistes militent pour la défense de l’ordre patriarcal et des privilèges masculins. Leur idéologie s’inscrit dans un contexte politique réactionnaire où l’on voit se renouveler les formes de la domination masculine. Lire la suite

Parution prochainement: Ni silence, ni pardon – L’inceste : un viol institué

Jeanne Cordelier et Mélusine Vertelune: Ni silence, ni pardon – L’inceste : un viol institué.
Préface de Marie-France Casalis, cofondatrice du Collectif féministe contre le viol.

Près de 25 % des filles subissent une expérience à caractère sexuel avec un adulte avant l’âge de treize ans. Les deux tiers des victimes d’agressions sexuelles sont âgés de moins de dix huit ans. Dans 98 % des cas, l’agresseur est de sexe masculin, mais plus de 20 % des agresseurs sont âgés de moins de dix-huit ans. Et notre société érotise outrageusement les filles, ce qui n’est pas sans conséquence.
ni silence ni...Les récits de Jeanne Cordelier et de Mélusine Vertelune portent sur un type d’agression à caractère sexuel particulier, celui qui est défini comme incestueux. La fillette, qui en est victime, est complètement démunie, car une personne censée la protéger et l’aimer  l’agresse, en fait son objet sexuel. La plupart du temps, la fillette se tait, par honte, par peur, par soumission à son entourage, parce qu’elle sait qu’elle ne sera pas crue. Et si elle parle, on la fait taire. Ainsi, en toute impunité se perpètrent des crimes aux conséquences
dévastatrices sur les plans physique et psychologique.
Or, certaines, un jour, décident courageusement de briser le silence, un silence lourd, étouffant, accablant.
Mélusine Vertelune nous raconte sans fard ce qui a été son calvaire quand son frère plus âgé l’a agressée à répétition pendant de nombreuses années. Il ne peut être alors question de pardon, mais de solidarité contre les dominants, les agresseurs, les criminels. Lire la suite

Hommes anarchistes face au féminisme

[L’article qui suit est tiré du n°24 de la revue anarchiste Réfractions (2010). Je trouve intéressant de le diffuser car, tout en visibilisant des analyses et des pratiques radicales, il montre les limites, les résistances et les contradictions au sein d’un mouvement supposé « progressiste ». Pas de complaisance ici à l’égard de la violence des hommes et des diverses stratégies et tactiques antiféministes: c’est ce qui m’a particulièrement plu.

Par ailleurs, l’analyse posée peut très facilement illustrer d’autres formations politiques.

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Je remercie Francis D-D pour la mise à disposition du texte et je vous invite vivement à lire certaines références qu’il cite, en particulier le recueil d’articles intitulé Le sexe du militantisme, éditions SciencesPo.Les presses (2009).

Pour information, un pdf de l’article est disponible au bas de cette page.]

Hommes anarchistes face au féminisme – Pistes de réflexion au sujet de la politique, de l’amour et de la sexualité.

par Francis Dupuis-Déri

En souvenir de Léo,
Et de nos longues discussions dans la nuit de Lyon 
Au flanc de la Croix-Rousse.
Parce que j’essaie encore, 
Malgré tout…
            C’est beau de se dire pacifiste, féministe ou anarchiste  Mais ton cœur est capitaliste/J’en ai subi les injustices                                                «Rebelle féministe », Genr’ radical
 Lire la suite 

Enseigner sur le fait d’être oppresseur: Quelques considérations personnelles et politiques

par Steven P. Schacht

  • Je crois que la vérité sur n’importe quel sujet n’apparaît que lorsque toutes les facettes de l’histoire sont mises ensemble, et lorsque leurs différentes significations s’éclairent mutuellement. Chaque écrivain rédige les parties qui manquent à l’histoire d’un autre écrivain. Et l’entière vérité, c’est ce que je suis après.

Walker 1983

 Des programmes de Women’s studies, d’études sur le sexe et le genre, ont été créés dans la grande majorité des écoles supérieures et des universités des États-Unis au cours des vingt-cinq dernières années. Bien que la création et la pérennité de ces programmes ont rencontré des résistances,ils ont également obtenu d’innombrables succès. Dans toutes les disciplines universitaires, les programmes de Women’s studies ont sérieusement remis en question les conceptions du genre, de l’ethnicité, de la classe et de la sexualité. Ils ont également revigoré des dialogues entre plusieurs champs d’études – dont beaucoup étaient depuis longtemps fatigués et pollués. En conséquence, il a été l’un des champs académiques qui s’est développé le plus vite. À bien des égards, les études de genre ont changé à jamais le visage du monde universitaire.

 Sans doute, une conséquence quelque peu latente mais néanmoins importante de cette transformation a été l’impact que ces Women’s studies (et du féminisme en général) ont eu sur des gens comme moi. Lire la suite

Les coûts subjectifs et objectifs de la masculinité : le point de vue des masculinistes (et des féministes)

[Depuis plusieurs mois en France, une offensive masculiniste est en cours. Les militants qui la dirigent tentent de se structurer aussi bien au niveau national qu’international, cherchant des rapprochements avec par exemple Fathers 4 justice.https://i2.wp.com/pur-editions.fr/couvertures/1332768665.jpg

L’article qui suit est extrait du livre Boys don’t cry ! publié en 2012 aux Presses Universitaires de Rennes.  Il me parait utile et urgent de le diffuser car il traite entre autres de l’une des plus anciennes associations masculinistes françaises: SOS Papa.

Je remercie beaucoup Anne Verjus pour son travail et son accord pour mettre à disposition cet article.]

 Les coûts subjectifs et objectifs de la masculinité : le point de vue des masculinistes (et des féministes)

par Anne Verjus

Le « coût de la masculinité » peut s’entendre de deux manières. C’est ce qu’on appellerait, en latin, un génitif. Or, il existe dans cette langue comme dans la langue française, un génitif objectif et un génitif subjectif.

Le génitif objectif correspond au coût produit par la masculinité. Ici, le coût est un effet « annexe » d’une masculinité approchée comme une construction, divisible entre la part d’humanité de l’homme et des comportements potentiellement modifiables. On peut donc comprendre « coût » comme un coût objectif, une invitation à observer autrement les rapports sociaux de sexe, non plus seulement à partir du coût de la domination masculine sur/pour les seules femmes, mais pour la société tout entière. Cela permet d’éviter de laisser une revendication féministe à vocation universaliste, humaniste, c’est-à-dire valable pour tous les individus, s’enfermer dans des problématiques sexualistes (corporatistes). On peut classer, parmi ces coûts objectifs, des comportements à risque, tels que l’alcoolisme, le tabagisme, la violence conjugale, la vitesse au volant, etc., qui sont des effets directs d’une certaine culture de la virilité encore largement partagée. Personne, sauf certains industriels, n’est prêt à défendre ce type de « coût objectif ». Il n’en va pas de même des coûts subjectifs.

Le génitif subjectif s’applique aux coûts subis par la masculinité, qui serait coûteuse en soi et non pas pour la société. Ici, il s’agirait du coût que représente, pour un homme, le fait d’être porteur de certaines valeurs en décalage avec les représentations dominantes. Ici, le coût est le sujet et la masculinité devient l’objet. On peut classer, parmi ces coûts subjectifs, la stigmatisation à l’endroit de la culture viriliste accusée d’occasionner des coûts objectifs exorbitants à la société ; mais aussi l’insuffisante valorisation de certains aspects de cette masculinité, parmi lesquels la capacité des hommes à prendre en charge, concrètement, l’éducation et l’élevage des enfants. Pour les militants porteurs de revendications dites « masculinistes », ce coût subjectif non seulement rend la condition de certains pères difficile à vivre, mais représente également un coût objectif pour la société. Celle-ci ne saurait, sous peine de se priver d’une moitié d’elle-même, se passer de l’implication des pères dans l’éducation et la formation des enfants. Il y aurait donc un coût du coût, un coût objectif des coûts subjectifs, c’est-à-dire des conséquences et un « prix à payer », pour la société, d’une non reconnaissance de la souffrance et des difficultés à être un homme, et en particulier un père, aujourd’hui.

Cette question du coût de la masculinité fait partie du répertoire de revendications, tant masculinistes que féministes, en faveur d’une plus grande égalité entre les parents. Lire la suite

Sporenda interviewe John Stoltenberg

Sporenda nous offre une nouvelle interview de FEMINISME SANS FRONTIERES. Elle a choisi de poser ses pertinentes questions au représentant d’une espèce en voie d’apparition: l’homme féministe. À première vue, le féminisme d’un homme semble aussi cohérent que l’antiracisme d’un blanc, la solidarité d’un goy contre l’antisémitisme ou les convictions de gauche d’un riche. Sauf que nous savons toutes que ce n’est pas si simple.  De même qu’on « ne nait pas femme, on le devient », on ne nait pas homme, on le devient. John Stoltenberg, nous explique en quoi les hommes aussi seront bénéficiaires de la déconstruction des rôles.  Le titre de son dernier livre publié en France, « REFUSER D’ÊTRE UN HOMME », peut paraître déconcertant, mais soyons claire: ce que Stoltenberg refuse est non pas l’appartenance biologique mais l’injonction à un statut de dominant qui finalement, comme toutes les oppressions,  n’empoisonne pas seulement la vie des dominés mais aussi celle de ses bénéficiaires.https://encrypted-tbn1.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcSOQdb0bX87UqiCirgB8_NEhC9YRP9S1jJ9NxKB1OzDQ7s_5ijO

REFUSER D’ÊTRE UN HOMME, interview de John Stoltenberg par Sporenda.

John Stoltenberg est un activiste engagé contre les violences sexistes et dans une critique culturelle  des questions de genre et d’éthique ; il est l’auteur pro-féministe radical de “Refusing to Be a Man: Essays on Sex and Justice” (2000), “The End of Manhood: Parables on Sex and Selfhood” (2000) et “What Makes Pornography Sexy?” (1994). Dans les années 80,  il a participé avec Andrea Dworkin et Catharine MacKinnon à des campagnes des droits civiques contre la pornographie et depuis 2000, il a assure la direction conceptuelle d’une campagne de prévention des agressions sexuelles sur le thème « My strength is not for hurting ».

Ex-éditeur de magazine, il continue à écrire sur les questions de genre et d’éthique, blogue sur le théâtre à Washington DC, où il habite, et est consultant en communication pour des groupes à but non-lucratif. En 2013, il a publié un roman, « Gonerz », dans lequel il projette une vision féministe radicale dans un futur post-apocalyptique.

Il a été le compagnon de la féministe radicale Andrea Dworkin de 1974 jusqu’à sa mort en 2005.

Il tweete sur @JohnStoltenberg et @media2change.

 La traduction française de son livre « Refusing to Be a Man » vient de paraître aux éditions Syllepse sous le titre « Refuser d’être un homme, pour en finir avec la virilité » (avant-propos de Christine Delphy, Mickaël Merlet, Yeun L-Y et Martin Dufresne).

 S : « Refuser d’être un homme » (Refusing to be a Man) a été initialement  publié il y a 23 ans (1990) . Pensez-vous que, depuis sa publication, le message de ce livre a pénétré dans le grand public, ou est-ce qu’il est resté marginal ?

JS : Je suis très réconforté par le nouvel intérêt manifesté pour le féminisme radical qui – comme je peux le constater  sur les medias sociaux – est international. J’ai toujours voulu que le cadre éthique de « Refuser d’être un  homme » soit en accord avec la critique du genre comme hiérarchie faite par le féminisme radical, et cette critique semble résolument progresser, en particulier chez les jeunes activistes. Lire la suite

Je parie que tu penses ne pas être un violeur.

Par : FeministBorgia

Je parie que tu penses ne pas être un violeur. Pour toi, pas de cachette dans une ruelle sombre… mais rappelle-toi cette fille qui était tellement ivre qu’elle pouvait à peine se tenir debout. Tu sais que sobre, elle n’aurait pas dit oui.

Je parie que tu penses ne pas être un violeur. Tu sais que « non, veut dire non »… ou du moins, que ça signifie « persuade-moi ». Elle cédera en fin de compte.

 Je parie que tu penses ne pas être un violeur. Mais tu te souviens de cette fois où ta copine ne voulait pas faire quelque chose que tu *savais* qu’elle avait fait pour d’autres personnes. Tu ne trouvais pas ça juste. Donc tu l’as harcelée et tu lui as crié après jusqu’à ce qu’elle cède. Lire la suite

Pour en finir avec quelques faussetés au sujet d’Andrea Dworkin

(traduction modifiée et mise à jour le 12-5-2015)

Andrea Dworkin est antisexe.

FAUX. Ses premières œuvres de fiction sont particulièrement riches en relations amoureuses, aussi bien lesbiennes qu’hétérosexuelles – par exemple A simple story of a lesbian girlhood et First Love.

Andrea Dworkin considère que « le coït est une punition ».

FAUX. Cette phrase est simplement dite par un personnage dans son roman Ice and fire. Le personnage paraphrase Franz Kafka.

Andrea Dworkin est anti-lesbienne et vit avec un homme.

A MOITIE VRAI. Elle a vécu dès 1974 avec l’écrivain John Stoltenberg, dont l’article « Living with Andrea » (Vivre avec Andrea) est paru dans Lambda Book Report en 1994. Leur homosexualité était publique dès les années 19701. Dans un discours prononcé en 1975 lors d’un rassemblement pour la Semaine de la fierté lesbienne, Andrea a appelé son amour des femmes « le terreau dans lequel s’enracine ma vie ».

Andrea Dworkin considère que les femmes battues ont le droit de tuer leur agresseur. Lire la suite

Le sexisme de la gauche radicale et les femmes

par Ben Barker

Le critère qui définit une personne radicale est sa volonté d’examiner de façon honnête et critique le pouvoir, et plus particulièrement, les déséquilibres de pouvoir. Nous nous demandons: Pourquoi un groupe dispose-t-il de plus de pouvoir qu’un autre? Pourquoi un groupe peut-il nuire à un autre en toute impunité ? Pourquoi un groupe est-il libre tandis que l’autre ne l’est pas? Ce genre de questions a longtemps été utilisé par des radicaux afin d’identifier des situations d’oppression et de prendre des mesures à leur encontre.
Cette démarche semblait à la fois claire et efficace, jusqu’à ce que soit soulevée l’oppression des femmes. Autant la gauche radicale a su nommer avec persistance les nombreuses manifestations dégueulasses de la culture dominante, autant elle a ignoré, minimisé et nié celle que constitue le patriarcat. Bien qu’il soit généralement admis que le racisme a pour effet de terroriser les personnes de couleur, que l’hétérosexisme a pour effet de terroriser les lesbiennes et les gais, que le colonialisme a pour effet de terroriser les communautés traditionnelles et indigènes, que le capitalisme a pour effet de terroriser les pauvres du monde entier, et que l’industrialisation constitue de fait un terrorisme à l’égard de la terre, les radicaux de gauche ne peuvent, pour une raison ou une autre, concevoir que le patriarcat constitue un terrorisme à l’égard des femmes. S’il arrive parfois que la question de l’oppression des femmes émerge, elle est édulcorée au point de ressembler davantage à un amas de circonstances désagréables, mais temporaires et isolées, plutôt qu’à ce qu’elle est vraiment : une guerre permanente menée contre la liberté, l’égalité et les droits humains de plus de la moitié de la population mondiale.
La façon dont le sexisme, le privilège masculin et le patriarcat sont passés sous silence entre radicaux est à la hauteur de la façon dont ils nous paralysent. Lire la suite

Rendre des comptes – un choix politique

par Jonathan Cohen, National Organization for Men Against Sexism (NOMAS)

La reddition de comptes est devenue un mot d’ordre dans le mouvement pour mettre fin à la violence conjugale. Il est presque impossible d’exercer un métier qui traite de la violence conjugale sans entendre parler de la reddition de comptes. Mais si certains soupirent à entendre ces mots, pour les femmes battues, celles qui les défendent et leurs allié-es, c’est un principe essentiel dans le mouvement pour la liberté.

La reddition de comptes, en ce qui concerne le travail contre les violences conjugales, est un terme souvent mal compris. Traditionnellement, la reddition de comptes renvoie au fait que des gens avec moins de pouvoir et d’autorité doivent répondre de leurs agissement à ceux qui ont plus de pouvoir et d’autorité. Nous voyons ceci sur le lieu de travail. Les salarié-es doivent rendre des comptes à leurs employeurs.

Mais dans les mouvements pour la justice sociale et la liberté, la signification et la pratique de la reddition de comptes sont tout à fait différentes. En fait, c’est un retournement de la signification traditionnelle et s’interprète dans le contexte d’une théorie politique de l’oppression. Lire la suite