[Je reproduis ici 2 chapitres du livre Mazan – anthropologie d’un procès pour viols.
Le démarrage de ce livre collectif est expliqué ainsi : « Alors qu’au tribunal d’Avignon Gisèle Pelicot demande la levée du huis clos, à Marseille, dans un laboratoire de recherche en sciences sociales, un collectif de quatorze anthropologues se constitue au pied levé pour mener une enquête autour de ce procès historique. Choisir de travailler en collectif répond à leur envie de faire autrement de la recherche, c’est-à-dire en partageant le terrain, les données, les pistes d’analyse ainsi que les difficultés et l’urgence à écrire sur les violences sexuelles ».
Le collectif, ce sont : Corentin Legras, Dorothée Dussy, Laurence Hérault, Perrine Lachenal, Céline Lesourd, Camille Bègue, Stéphanie Fonvielle, Lucille Florenza, Riwanon Gouez, Mélanie Gourarier, Fatma Hamdoun, Raphaël Perrin, Michelle Salord Lopez, Irène Sériaux. Ce collectif, animé par une « volonté impérieuse de restituer et de transmettre », donne à voir un plan large, avec, entre autres, les effets d’un tel procès sur une ville comme Avignon : la proximité des accusés, les rôles des avocats, les forces en présence, les tensions/divergences entre féministes, leurs approches clivantes, les mobilisations, mais aussi les solidarités, les actions, les répercutions intimes, ainsi que les manques du procès.
Le livre, fait de courts chapitres, est très accessible, sans jargon, tout en exposant la complexité du réel, du tribunal au bistrot. Vivement conseillé. Reproduit ici avec l'aimable autorisation des autrices.]
La testostérone ou la « nature » des hommes.
C’est l’histoire d’un homme qui grandit dans une famille d’accueil maltraitante où s’accumulent les violences sexuelles. Il essaie d’en parler, on lui intime de se taire. Sa santé mentale vacille. Il sombre dans une « misère » affective et sexuelle, multipliant des rencontres avec des prostituées, acceptant des jeux libertins, fréquentant des lieux érotiques vétustes. Il finit par s’inscrire sur Coco.gg, titrant son annonce : « Homme cherche couple ». N’a-t-il donc pas, lui aussi, le droit de vivre sa sexualité ? De contenter ses besoins sexuels et affectifs ? Cette histoire, racontée par un avocat de la défense au procès Pelicot, pourrait être celle du gérant d’un sex-shop de la région qui accueille des hommes pour consommer de la pornographie dans l’une des deux cabines X de l’arrière-boutique. D’un espace à l’autre – prétoire ou arrière-salle porno –, les récits circulent et se ressemblent : la sexualité masculine comme pulsion irrépressible et biologisée. Ces discours font porter le chapeau à la testostérone et invisibilisent des liens pourtant historiquement construits entre masculinité, pouvoir et violence.
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