Andrea Dworkin : « Misogynes, à gauche comme à droite »

Une allocution prononcée par Andrea Dworkin en 1985

Captation sonore de l’original et images vidéo

Il y a longtemps que nous ne nous sommes pas réunies pour parler de ce que nous entendons par le féminisme, et de pourquoi le combat pour la liberté des femmes nous importe au point d’y consacrer nos vies : pas seulement trois heures le samedi après-midi ; pas l’envoi d’une lettre, à l’occasion, de temps à autre ; pas une exclamation outragée comme « Oh mon dieu, vous ne pensez pas vraiment cela ! » Nous ne pensons réellement pas que nos vies sont futiles. Imaginez cela ! Et nous ne pensons pas que les crimes commis contre nous sont mineurs et futiles. Et cela signifie que nous avons fait des progrès prodigieux pour réaliser que nous sommes des êtres humains qui avons des droits sur cette terre ; que personne ne peut nous enlever ces droits ; que nous avons été blessées par la subordination systématique des femmes, par la violence sexuelle systématique à laquelle on nous a exposées. Et nous sommes politiquement organisées pour riposter et pour transformer de fond en comble la société dans laquelle nous vivons.

Je pense qu’en tant que féministes, nous avons une façon de voir les problèmes que d’autres gens ne semblent pas comprendre. Pour dire les choses clairement, la droite et la gauche ne semblent pas comprendre ce que les féministes essaient de faire. Les féministes essaient d’abattre une hiérarchie sexuelle, une hiérarchie raciale, une hiérarchie économique, dans laquelle les femmes sont blessées, sont privées de pouvoir, et dans laquelle la société célèbre la cruauté envers nous et nous refuse l’intégrité de nos propres corps et la dignité de nos propres vies.

Eh bien, comme vous l’avez sans doute remarqué, ce n’est pas un problème que la gauche a décidé de voir résolu. Et c’est un problème que la droite ne considère pas du tout comme un problème. La droite n’en est pas encore au stade de dire que le problème n’est pas encore important – comme l’a fait la gauche, puisque que la gauche est toujours d’avant-garde. La gauche étant d’avant-garde, elle peut se dresser pour dire : « Oui, nous comprenons le problème. C’est juste qu’il n’est pas particulièrement important ». La droite, étant des dinosaures, se contente de dire qu’il n’y a pas de problème. Et nous sommes censées choisir entre les deux. 

Alors les féministes examinent la société où nous vivons et essaient de comprendre comment nous allons combattre le pouvoir masculin. Et pour tenter de découvrir comment le combattre, nous devons découvrir comment il s’organise, comment il fonctionne. Comment il survit. Comment il se maintient en tant que système de pouvoir.

Et en examinant le pouvoir masculin, toutes les institutions du pouvoir masculin, en essayant de comprendre comment elles fonctionnent – vous savez, c’est comme mettre du sable dans leur réservoir d’essence – nous devons les empêcher de fonctionner. Alors nous essayons de découvrir comment faire cela.

Nous devons examiner le rôle de la droite dans le maintien du pouvoir masculin sur les femmes, et nous devons examiner le rôle de la gauche dans le maintien du pouvoir masculin sur les femmes : examiner non ce qu’ils disent mais ce qu’ils font. Et nous devons donc aller au-delà de la réalité qu’ils nous présentent quand ils disent, comme ils le font souvent, d’une manière ou d’une autre : « Fillettes, nous savons ce qui est bon pour vous. Nous agissons dans votre intérêt ». La droite vous promettra un mari à qui, oui c’est vrai, vous devez obéissance, mais alors lui doit vous aimer en retour, en retour de votre obéissance. Et en fait, il y a des contextes – comme ceux dans lesquels nous vivons – où pour beaucoup de femmes, cette offre est défendable. Parce que vous réduisez de plusieurs millions le nombre d’hommes qu’il vous faut écouter.

De son côté, la gauche dit – et ils pensent que c’est une bonne offre – eux aussi disent : « Fillettes… » – à moins qu’ils ne se sentent particulièrement politiquement progressistes à ce moment-là, auquel cas ils disent parfois « grosses connes », parce que telle est leur conception de la liberté – ils s’adressent à nous avec le ton de voix qu’ils se trouvent à utiliser à ce moment-là, et ils nous disent : « Eh bien, ce que nous allons faire, c’est vous accorder un droit à l’avortement à condition que vous restiez sexuellement accessibles. Et si vous nous retirez cette accessibilité et que vous commencez à causer de conneries comme ce mouvement autonome de femmes, nous allons supprimer le moindre soutien que nous vous avons déjà accordé : monétaire, politique, social, tout ce que nous vous avons déjà donné au nom du droit à l’avortement. Parce que si votre droit à l’avortement ne va pas signifier pour nous votre accessibilité sexuelle, fillettes, vous ne pourrez pas l’avoir. » Et c’est ainsi qu’ils nous ont traitées depuis les quinze dernières années.

Alors les féministes arrivent, et nous disons : Bon, nous allons comprendre comment il se fait que ces gens font ce qu’ils font. Nous allons aborder le problème de façon politique. Cela signifie que nous allons essayer de repérer et de décrire des systèmes d’exploitation tels qu’ils agissent sur nous, de notre point de vue, en tant que personnes qui en souffrent. Cela signifie que même si nous sommes en-dessous et qu’ils sont par-dessus, nous allons chercher chez eux des points de vulnérabilité. Et que lorsque nous trouverons ces points de vulnérabilité – et vous pouvez les situer anatomiquement, comme de toute autre manière – nous allons actionner nos muscles, quels qu’ils soient, quelles que soient les positions où nous nous trouvons, et nous allons larguer ce saligaud, dans sa version collective.

Cela signifie que nous sommes en train d’organiser politiquement une résistance à la suprématie masculine. Nous parlions autrefois de révolution. Nous étions tout sourire, nous riions et étions excitées. Et nous pensions que cela serait facile. Nous ne comprenions pas, pour une raison ou une autre, que les gens qui détenaient le pouvoir n’allaient pas aimer la révolution autant que nous. Ils ont commencé à déchanter quand nous avons commencé à nous organiser. En fait, ils sont devenus de plus en plus malheureux quand ils ont commencé à comprendre qu’ils étaient vulnérables, que la suprématie masculine n’était pas cette chose gigantesque et monolithique qui leur avait réellement été accordée par Dieu ou par la nature. Dieu pour la droite, la nature pour la gauche.

Et il est devenu apparent que, comme le grand soir révolutionnaire n’allait pas être possible, une résistance structurée, sérieuse, organisée contre le pouvoir masculin et les institutions du pouvoir masculin qui blessent les femmes allait devenir possible. Nous avons commencé à le comprendre, et ils ont commencé à le comprendre.

C’est alors qu’ont débuté les jours difficiles pour le mouvement des femmes. Les gens à qui nous essayions d’enlever le pouvoir n’allaient tout simplement pas continuer à nous agresser de toutes les façons dont ils avaient eu le privilège de le faire depuis des centaines et milliers d’années. Ils allaient eux aussi s’organiser politiquement pour nous contrer. Et c’est ce qu’ils ont fait.

Maintenant, quand je parle de résistance, je parle d’une résistance politique organisée. Je ne parle pas seulement de quelque chose qui apparaît et puis qui disparaît. Je ne parle pas d’un sentiment. Je ne parle pas de savoir dans son cœur la manière dont les choses devraient être et de passer des journées normales en ayant dans son cœur des idées bonnes, saines et merveilleuses. Je parle de placer votre corps et votre esprit dans la balance et de vous engager à des années de lutte afin de transformer la société où vous vivez. Cela ne veut pas dire simplement transformer les hommes que vous connaissez pour qu’ils améliorent leurs manières – même si cela serait déjà pas mal. Il y a quinze ans que ça dure. Leurs manières ne se sont même pas sensiblement améliorées. Mais une résistance politique n’est pas cela. Une résistance politique se poursuit de jour comme de nuit, à l’abri ou à découvert, là où les gens peuvent la voir et là où elle est invisible. Elle se transmet de génération en génération. Elle est enseignée. Elle est encouragée. Elle est célébrée. Elle est intelligente. Elle est perspicace. Elle est consciencieuse. Et un jour elle l’emportera. Elle l’emportera.

Aussi, nous incarnons toutes une résistance personnelle à la domination masculine. Nous le faisons du mieux que nous pouvons. Et une partie du problème des dernières années a été l’idée que l’une ou l’autre – la résistance politique ou la résistance personnelle – allait suffire, sous prétexte que le féminisme serait une sorte de choix de vie. Vous êtes une jeune femme moderne, donc vous êtes féministe, bien sûr. Mais être féministe, ce n’est pas cela. Le féminisme est une pratique politique de lutte contre la suprématie masculine, au nom des femmes en tant que classe, une classe qui comprend toutes les femmes que vous n’aimez pas, toutes les femmes avec qui vous ne voulez pas être, toutes les femmes qui ont été vos meilleures amies et avec qui vous ne voulez plus rien partager. Peu importe qui sont les femmes individuellement. Elles sont toutes aussi vulnérables au viol et à la violence intime, tout comme les enfants le sont à l’inceste. Les femmes plus pauvres sont plus vulnérables à la prostitution, qui est à la base une forme d’exploitation sexuelle intolérable dans une société égalitaire, la société pour laquelle nous luttons.

Une partie de ce que nous devons faire dans la résistance dont je parle est de refuser de collaborer avec le pouvoir masculin. Refuser d’être utilisées par lui. Refuser d’être de celles qu’il place en première ligne pour se protéger. Refuser de collaborer avec lui pour rendre nos vies un peu plus faciles. Refuser de collaborer avec lui, même si c’est comme ça qu’on obtient une tribune pour s’exprimer dans cette société. Vos bouches pourraient être actionnées par un ventriloque si vous servez de porte-voix au pouvoir masculin. Vous n’agissez pas en faveur de vos sœurs. Vous agissez en faveur des hommes. Et vous facilitez leur violence envers d’autres femmes. Il est très difficile de ne pas collaborer avec le pouvoir masculin parce que celui-ci est omniprésent. Il est partout.

Une partie de la résistance féministe au pouvoir masculin consiste à étendre la base de cette résistance aux autres femmes, aux femmes avec qui vous avez moins de points communs, aux femmes avec qui vous n’avez rien en commun. Cela signifie un dialogue actif et convaincant avec des femmes de plusieurs horizons politiques différents, parce que leurs vies valent exactement ce que vaut la vôtre. Tout simplement.

Nous devons franchir les barrières politiques conventionnelles, les barrières que les hommes ont tracées pour nous. « Nos filles sont de ce côté-ci ; on va les appeler des Démocrates, on va les appeler des socialistes, on va les appeler ce que nous voudrons. Ces autres filles sont de ce côté-là ; ce sont leurs filles à eux. Les filles de notre camp ne sont pas autorisées à parler aux filles de leur camp. » Hé bien, si les filles de chaque camp parlaient aux filles de l’autre camp, elles pourraient bien découvrir qu’elles se font arnaquer de la même manière par les mêmes genres d’hommes.

Et donc, quand nous examinons l’expérience réelle des femmes – comme le font les féministes, contrairement à la droite et la gauche – qu’est-ce qu’on découvre ? On découvre que les femmes de tout le spectre politique, quelles que soient leurs idéologies, sont violées et vivent de la violence intime, dans le mariage et en dehors du mariage. On découvre qu’un nombre énorme de femmes adultes ont déjà été victimes d’inceste, et que le taux d’inceste ne cesse d’augmenter dans notre pays. À l’heure actuelle, les spécialistes estiment qu’il y a, chaque année aux USA, 16 000 nouveaux cas d’inceste père/fille – et ce n’est qu’une des formes d’inceste. 

L’expérience réelle des femmes inclut la prostitution, et l’expérience réelle des femmes inclut la pornographie. Et quand nous examinons l’expérience réelle des femmes – quand nous n’acceptons pas la bouillie insipide que nous servent les hommes des deux camps qui nous disent quoi penser et ce que sont réellement nos vies – ce que nous apprenons, par exemple, en examinant la pornographie, c’est qu’on peut en retrouver la trace dans les sévices sexuels sur plusieurs générations. Nous pouvons prendre des générations de femmes : filles, jeunes femmes, mères, grand-mères. La pornographie n’avait pas besoin d’être dans toutes les rues pour contribuer aux violences sexuelles commises contre les femmes dans notre société. Je ne fais que vous rappeler ce que vous savez déjà, que la plupart des violences sexuelles infligées aux femmes ont lieu en privé. Elles ont lieu, en fait, là où nous ne pouvons pas les voir. Et la réussite stupéfiante du mouvement des femmes a été d’en venir à dire : « Nous n’allons plus respecter ta vie privée, espèce de violeur ! ».

Les femmes sont isolées dans leurs foyers. Cela ne veut pas dire que les femmes ne peuvent pas sortir ; elles le peuvent. Mais les choses qui arrivent aux femmes leur arrivent surtout à la maison. Le foyer est l’endroit le plus dangereux pour les femmes dans notre société. Il y a davantage de femmes tuées dans leurs foyers que partout ailleurs. Dans notre pays, une femme est battue toutes les dix-huit secondes, qu’elle soit mariée ou en cohabitation. Le foyer est un endroit dangereux pour les femmes.

Et avant le mouvement des femmes, les femmes qui étaient violées, les femmes qui étaient battues, ne savaient pas que les autres l’étaient aussi. Chacune pensait que cela n’arrivait qu’à elle seule. Pourquoi ? A cause de quelque chose qu’elle avait fait ; à cause de ce qu’elle était ; à cause de quelque chose de mal qu’elle avait fait ; parce qu’elle était tarée d’une façon ou d’une autre. Le véritable problème – la violence – était efficacement caché par la suprématie masculine. Dans les faits, on pouvait marcher le long de n’importe quel pâté de maisons et trouver un nombre colossal de femmes qui avaient vécu précisément les mêmes violences masculines, pour précisément la même raison. Et cette raison – il n’y en a qu’une au fond – c’est que ce sont des femmes. C’est tout. Ce sont des femmes. La société est organisée non seulement pour punir les femmes, mais pour protéger les hommes qui les punissent. Et c’est ce que nous sommes en train d’essayer de changer.

Bon, pour ce qui est de tenir tête à la gauche, la droite et la haine des femmes, je veux vous parler particulièrement de la pornographie et des stratégies à ce sujet où la droite et la gauche collaborent pour protéger la pornographie, pour maintenir les femmes subordonnées par le biais de la pornographie, et pour protéger et mettre à l’abri les violences sexuelles que cause la pornographie – oui, qu’elle cause.

La pornographie existait dans les maisons et jouait un rôle dans les violences sexuelles. Elle était offerte aux hommes dans des milieux réservés aux hommes. Beaucoup d’entre nous, en grandissant – pour celles qui sont dans la quarantaine ou la cinquantaine – ne voyions pas la pornographie. Elle ne saturait pas l’espace public comme aujourd’hui. Et du coup, il a toujours manqué une pièce au puzzle quand plus tard, en tant que féministes, nous avons tenté de comprendre les violences sexuelles. Il n’y avait jamais moyen de comprendre comment se transmettaient toute cette culture du viol et toutes ces façons de violenter les femmes, comment se transmettaient toutes les justifications pour ces violences. Comment les hommes les apprenaient-elles ? Elles ne tombaient pas du ciel, pensions-nous, même si j’imagine que certaines personnes pensent que si, qu’elles sont arrivées avec les Dix Commandements : voici comment frapper la femme, voici comment la ligoter.

Mais nous ne pensons pas qu’il en était ainsi. Donc : nous avons les femmes perçues comme une propriété privée, possédées par les hommes, dans les maisons, isolées. Et donc, pour traiter ce qu’on appelle le problème de la pornographie, nous avons ce qu’on appelle les lois sur l’obscénité. Et ce que font les lois sur l’obscénité lorsqu’elles sont appliquées dans une société, c’est dissimuler la pornographie aux yeux des femmes et des enfants. Elles nous empêchent de la voir. Mais elles n’empêchent pas les hommes de s’en servir pour commettre contre nous des violences sexuelles. Les hommes peuvent y avoir accès et l’utiliser. Mais pas nous, on nous y refuse l’accès pour la voir, pour en parler, pour nous mobiliser à ce sujet, pour apprendre tout ce que nous pouvons apprendre sur la manière dont la suprématie masculine fonctionne grâce à elle. On ne nous permet pas de faire cela.

Une des façons dont la structure sociale a protégé la suprématie masculine a été la stratégie de la droite, celle d’utiliser les lois sur l’obscénité pour faire de la pornographie un secret caché aux femmes mais rendu accessible aux hommes, aux hommes en tant qu’individus et en tant que groupes exclusivement masculins.

Il existe une notion étrange qui fait surface de temps à autre dans le mouvement des femmes – c’est une grave banalisation de nos vies et aussi une erreur – à savoir qu’il existerait une division des femmes dans le monde, une distinction phénoménologique réelle, entre les femmes bien et les mauvaises femmes. Et nous avons des femmes de gauche très fières de vouloir être perçues, reconnues, comme mauvaises, et considérées à ce titre. Des femmes badass. Mais la réalité est que vous pouvez faire tout au monde pour être une femme bien dans cette société, mais quand vous êtes dans l’intimité d’un foyer individuel avec le mari individuel que vous avez attiré par votre conformité à l’apparence d’une femme bien, quand cet homme commence à vous battre, il vous bat parce que vous êtes mauvaise. Et la prémisse qui sous-tend notre société, c’est que toutes les femmes sont mauvaises, que nous avons une nature mauvaise, et que nous méritons d’être punies. Et vous pouvez être la plus badass des femmes de gauche – ce qui signifie que vous êtes une femme bien du point de vue de la gauche – mais quand l’homme de gauche commence à vous battre, il vous bat parce que vous êtes une femme, parce que vous êtes mauvaise à la manière dont une femme est mauvaise, pas à la manière dont un homme de gauche est mauvais ; vous êtes mauvaise parce que vous êtes une femme et que vous méritez d’être punie.

Vous pouvez observer cela dans le contexte de diverses institutions. Je vous demande de l’observer dans le contexte de la pornographie, parce que dans la pornographie, il n’y a rien qu’on puisse faire à une femme pour la punir suffisamment d’être une femme. Et la nature même de son être consiste à jouir d’être punie. Vous n’avez même pas besoin de revendiquer être une mauvaise femme. Vous vivez en régime de suprématie masculine ; donc vous en êtes une. Vous êtes une femme ; ce qui est haïssable en vous – en vous, ce qui vous définit – est la raison même qu’ont les hommes de vous blesser. C’est la raison pour laquelle ils ne disent pas : « Je frappe un être humain, je blesse cet être humain ». Ils disent : « Je punis une salope, je punis une pute. » Ils disent ce que dit la pornographie : « Tu aimes vraiment ça hein ? Il y a quelque chose en toi, vraiment … que ça satisfait vraiment. »

Et ensuite quand vous allez chercher de l’aide, parce que vous êtes une personne qui n’aime pas être blessée, le psychologue vous dit « Il y a quelque chose en vous qui a vraiment aimé ça, n’est-ce pas ? » Vous répondez : « Mais non…, je ne pense pas. » Et il vous répond : « Eh bien, vous n’êtes pas honnête et vous ne vous connaissez vraiment pas très bien ». Et vous allez voir votre professeur de méditation, et il risque de vous dire la même chose. C’est un peu décourageant, n’est-ce pas ? Même les végétaliens croient que si vous êtes une femme, vous êtes mauvaise. 

Nous sommes censées avoir cette nature assoiffée de brutalité. La pornographie consiste à nous punir jusqu’à l’anéantissement parce que nous sommes des femmes, et la gauche comme la droite jouent leurs rôles dans la protection de la pornographie. Elles agissent de concert pour s’assurer de notre punition. Cet affrontement public qu’elles ne cessent de mettre en scène est, de notre point de vue et pour notre objectif, une diversion. Chacune joue son rôle pour nous maintenir dans l’infériorité. Et ce qui est important, c’est de comprendre quels sont ces rôles.

Ce qui se passe avec les lois sur l’obscénité, c’est que les juges de droite – ces gens autoritaires qui sont censés détester la pornographie plus que tout au monde (si vous croyez cela, j’ai des terrains marécageux à vous vendre…) – ont défini la formule juridique qui protège la pornographie. En définissant l’obscénité, ils ont créé la formule qu’utilisent les pornographes pour protéger légalement leur camelote. La Cour Suprême dit : « Faites comme ceci, comme cela et comme cela. Tant que vous avez ceci, ceci, et cela, nous ne vous inquiéterons pas. » C’est ce que disent toutes ces décisions sur l’obscénité.

Et puis nous avons nos merveilleux écrivains de gauche, des gens d’avant-garde, qui s’en mêlent et disent : « Bien – et moi je vais vous fournir le matériel socialement compensateur qui vous permettra de répondre aux normes de la formule que les hommes de droite vous ont offerte. » Et à l’occasion, un écrivain de droite fait la même chose, William Buckley[1] ou quelqu’un comme ça. Il ne refuse pas l’argent. Les féministes refusent l’argent. Les gens qui ne refusent pas l’argent ne sont pas des féministes.

Vous avez donc cet extraordinaire accord tacite entre la droite et la gauche – qui font semblant d’être toujours à couteaux tirés – un accord qui les autorise à mettre n’importe quelles quantités d’exploitation misogyne, de torture, de cruauté ou de sauvagerie dans leurs revues, du moment qu’ils les enveloppent dans un récit conforme aux normes fixées par la Cour Suprême. C’est tout ce qu’ils ont à faire. Ils ont à peine besoin de savoir lire et écrire pour répondre à cette norme. Et ils font cela de concert. Et si vous vous laissez distraire par leur combat de coqs public et permanent, vous perdez de vue le fait que lorsqu’il s’agit de leur production sociale appelée pornographie, ils parlent d’une même voix.

La haine des femmes inscrite dans la pornographie ne dérange aucun de ces deux camps. La haine des femmes ne constitue une « offense » – pour utiliser un terme en vogue – ni pour la droite ni pour la gauche, que cette haine consiste à présenter les femmes comme des lapins, des animaux domestiques, des chattes, des cons, ou des femmes qu’on torture. Ils sont tout à fait d’accord avec tout ça. Les deux camps.

En fait, la façon dont les pornographes gèrent leur business dépend de leur relation avec les gouvernements municipaux dans tout le pays. Nous avons paraît-il de bons gouvernements dans les villes de tout le pays – avec des Démocrates et des Républicains élus au conseils municipaux – qui prennent tous les jours des décisions incroyables affectant nos vies. La plupart d’entre nous sommes trop snob pour prêter attention à ces décisions. Nous devons soigner nos idéologies. Nous avons sur le feu des enjeux politiques plus importants. Pendant ce temps-là, ces petits conseils municipaux qui ne comptent pas à nos yeux cèdent aux pornographes des quartiers entiers de nos villes.

On voit alors des politiciens locaux se dresser, chacun à sa façon, à gauche comme à droite, pour s’offusquer de la pornographie. Les progressistes se disent scandalisés – vous savez, vraiment scandalisés – mais ils doivent la défendre. Ils le doivent. Mais pourquoi devez-vous la défendre, demandons-nous ? Ils changent de sujet. Le zonage est une autorisation légale d’exploiter et de vendre des femmes. Voilà ce que c’est. Le zonage n’arrête pas la pornographie. Il la déplace vers certains quartiers. La manière dont les pornographes s’assurent un pouvoir énorme à l’échelon municipal est de veiller à siéger aux conseils de zonage. Ils y vont, et leurs avocats aussi. Ils se renseignent sur les zones assignées aux initiatives de développement urbain, que ce soit un centre-ville, un projet immobilier ou un centre commercial. Et ils vont acheter ces terrains. Et ils gardent ces terrains en otage jusqu’à ce que les lois de la ville leur deviennent favorables. Et ils obtiennent le droit de vendre leur produit – qui est la haine des femmes – dans des quartiers officiellement réservés de la ville. Et quelles sont les parties de la ville qui leur sont accordées ? Ce sont en grande partie celles où vivent les gens de couleur, et quelques blancs appauvris.

Par exemple, Minneapolis est une ville où la population comprend 96% de personnes blanches et de 4% de gens de couleur, pour la plupart des Noir-es et des Amérindien-nes. Comment se fait-il que 100% du territoire de la pornographie se soit retrouvé dans les quartiers de ces minorités ? Je veux dire, si vous la laissiez tomber du ciel, vous ne pourriez obtenir un tel résultat.

Voici ce qui arrive alors. Ces quartiers deviennent économiquement dévastés. Les entreprises légitimes déménagent. Des hommes de partout en ville y viennent de nuit acheter de la pornographie et traquer des femmes. On voit augmenter les crimes de violences contre les femmes et les enfants de ces zones. Personne ne vient visiter ces zones à moins d’être en quête de pornographie. Nous nous retrouvons donc avec une nouvelle forme de ségrégation dans nos villes, créée par les retombées sociales de la pornographie. Nous nous retrouvons avec une hausse de la violence contre femmes et enfants.

C’est donc là qu’est la connivence entre la droite et la gauche. Il y a les Républicains et les conservateurs, qui sont parfois des Démocrates, qui parlent de valeur foncière. Ils vont sauver la valeur des propriétés foncières. Et lesquelles vont-ils sauver ? Celles des riches et des blancs. C’est pour cela qu’ils placent la pornographie là où ils la placent. Est-ce que la gauche se dresse en colère pour dire : « Comment osez-vous faire cela ? Nous voulons l’égalité économique. Nous ne voulons pas de dévastation économique ici. » Non. La gauche ne fait rien, car lorsque la droite parle de valeur foncière, la gauche parle de droit à la libre expression.

Et on se retrouve ainsi – dans de vastes secteurs de nos municipalités – avec une nouvelle forme de ségrégation créée par la pornographie. On se retrouve avec de nouveaux déserts économiques créés par la pornographie. Et on se retrouve avec un nouveau type de désespoir pour les gens qui doivent vivre dans ces quartiers.

Quel est le rôle de l’État dans tout cela ? Les gens aiment parler du rôle de l’État. L’État est une notion merveilleusement abstraite. C’est comme interpréter un test de Rorschach ; vous pouvez pratiquement en dire tout ce que vous voulez. Personne ne sait jamais si vous avez raison ou tort. Moi, ce que j’aimerais dire, c’est que nous avons dans les faits un État particulier que nous pourrions étudier, et c’est l’État sous lequel nous vivons. Nous pourrions dans les faits porter attention à ce qu’il est et comment il fonctionne et comment il est apparu.

Un fait qui semble clair est que ni la droite ni la gauche ne pensent que le rôle de l’État est de créer de la justice économique ou sexuelle. Cela semble clair. L’égalité cesse d’être un objectif de la gauche si elle doit inclure les femmes. La gauche a désavoué l’égalité en tant qu’objectif. Et l’égalité n’a jamais été un objectif de la droite.

Voilà la réalité en cause, et je vous supplie d’y réfléchir quand vous entendrez tous ces arguments merdiques au sujet du Premier Amendement de notre Constitution. Je vous supplie de réfléchir à cette Constitution qui a été précisément élaborée pour protéger l’institution de l’esclavage ; élaborée pour ne pas lui nuire, pour ne pas nuire à l’achat et à la vente d’êtres humains. Il n’est pas étonnant que cet État, régi par cette Constitution, soit profondément insensible aux crimes commis contre des personnes par le biais de leur achat et leur vente.

Et je vous rappelle le fait que nos Pères Fondateurs étaient – pour nombre d’entre eux – des propriétaires d’esclaves. Et particulièrement – particulièrement – le fait que James Madison, qui a rédigé ce Premier Amendement, a non seulement possédé des esclaves mais s’est déjà vanté de pouvoir ne dépenser que 12 ou 13 dollars par an pour leur entretien alors que chaque esclave lui rapportait 257 dollars par an. 

Le Premier Amendement n’a rien à voir avec la protection de personnes qui ont été, historiquement, un cheptel dans notre pays. Et il n’est pas surprenant que de nos jours le Premier Amendement protège des gens qui achètent et vendent des personnes : le Premier Amendement protège les pornographes. Et l’on nous dit que leurs droits à la libre expression renforcent nos propres droits d’expression. Ainsi, ils prennent l’une de nous, ou 10 ou 30 parmi nous, ils nous fourrent des bâillons dans la bouche, nous suspendent à quelque chose, et nos droits à la libre expression sont renforcés. Cela défie toute logique mais ils continuent à dire que c’est vrai. Je continue à dire que ce n’est pas vrai.

Veuillez comprendre que nous vivons actuellement dans un pays où les cours de justice protègent activement la pornographie et le business de la pornographie. Quand notre ordonnance de droits civiques a été adoptée à Indianapolis, cette municipalité s’est vue attaquée en justice une heure seulement après cette adoption. Pour l’avoir adoptée. Cette loi n’a même jamais pu être mise en vigueur. Indianapolis a été poursuivie simplement pour avoir adopté cette loi.

La première des juges impliquées, à la Cour fédérale de justice, avait été nommée par Ronald Reagan ; c’était une femme, une femme de droite. Elle a affirmé dans sa décision que la discrimination liée au sexe ne prévalait jamais en importance sur les droits liés au Premier Amendement. C’est la position de la droite. Le Premier Amendement prévaut en importance sur tout préjudice fait aux femmes. Cette décision initiale au sujet du Premier Amendement a ensuite été portée en appel. Un autre juge nommé par Reagan, Frank Easterbrook, a rédigé la décision de la Cour d’appel abrogeant l’ordonnance. Il a reconnu que la pornographie faisait tout ce que nous disions qu’elle faisait. Il a reconnu qu’elle promouvait des viols et des sévices. Il a reconnu qu’elle conduisait à des salaires plus bas pour les femmes, à des méfaits contre les femmes, à des insultes et à des blessures. Puis, il a dit que cela démontrait son pouvoir en tant qu’expression. La capacité de la pornographie à blesser les femmes démontrait son pouvoir en tant qu’expression et que c’est la raison pour laquelle il fallait la protéger. Un libertarien de droite, nommé par Reagan.

Alors, si votre théorie dit que la droite est contre la pornographie et qu’elle utilisera tous les moyens dont elle dispose pour empêcher la pornographie d’exister, il me semble à moi que la réalité vous force à modifier votre théorie parce qu’elle est erronée. La droite et la gauche sont toutes les deux d’accord pour dire qu’une femme suspendue à quelque chose constitue l’expression de quelqu’un. La libre expression de quelqu’un. Et cela veut dire qu’il existe une nouvelle façon légale de faire légalement des femmes un cheptel. Comprenez-vous que lorsque nous sommes transformées en expression, nous sommes possédées en tant qu’expression par des hommes à l’ère de la technologie ? Une fois que nous sommes technologisées, une fois que la violence exercée contre nous est technologisée, nous devenons légalement leur cheptel.

La gauche est censée ne pas être très favorable au libre marché. Je veux dire, le libre marché n’est pas une idée de gauche, n’est-ce pas ? Je veux dire, le libre marché signifie que vous pouvez vendre tout ce que vous pouvez, et que vous en vendez beaucoup, et que vous augmentez vos prix, et que vous faites autant de profit que vous pouvez. Et le marché vous dit ce qui est populaire et ce qui ne l’est pas, et ce que vous pouvez faire et ce que vous ne pouvez pas faire. Et si tout un tas de gens meurent parce qu’ils ne valent pas grand-chose, eh bien c’est la vie, parce que la valeur qui prime est celle de la concurrence dans un libre marché.

Maintenant, il se peut que vous ayez entendu beaucoup de gens de gauche parler de ce qu’ils appellent « le libre marché des idées ». Parce que, voyez-vous, nous ne sommes pas censés vendre seulement des porcs et du bétail et des oignons et des pommes et des voitures dans ce libre marché. Il existe aussi un libre marché des idées. Et dans ce libre marché des idées, les idées sont en compétition. Et les bonnes idées gagnent et les mauvaises perdent.

Vous pourriez penser – comme je l’ai fait autrefois – qu’une idée appartient à l’esprit et n’est pas une marchandise. Je veux dire, on ne peut pas la tirer de nulle part et la mettre en vente sur le marché en disant, « Elle pèse tant, et je la vends pour tant du kilo ». Eh bien, il se trouve que si vous cherchez à retracer les idées dont cause la gauche, ce sont des femmes qu’ils parlent. Ils parlent des femmes qui sont dépersonnalisées dans la pornographie, utilisées dans la pornographie, exploitées dans la pornographie. Voilà leur « libre marché des idées ». Et ces idées nous ressemblent étrangement. Nous sommes ces idées, et ils ont un libre marché à notre sujet, mes amies. Oui, ils ont réellement un libre marché à notre sujet.

La vérité est que l’oppression est une réalité politique. C’est une forme de répartition du pouvoir dans laquelle certaines personnes sont au-dessous, et elles sont exploitées et utilisées par ceux qui sont au-dessus, ou qui sont au-dessus d’elles. Dans notre pays où tout doit être psychologisé, ainsi que récupéré par des sociologues, on ne parle pas de l’oppression comme d’une réalité politique. On parle plutôt de personnes en tant que victimes. Nous disons qu’une telle a été victimisée. Une telle a été victime de viol. Et c’est le mot approprié. Si vous avez été violée, vous avez été victimisée. Oui, vous l’avez bel et bien été. Mais cela ne veut pas dire que vous êtes une victime au sens métaphysique, au fond de votre être, comme une part intrinsèque de votre essence et de votre existence. Ça signifie que quelqu’un vous a fait du mal. Il vous a fait du mal.

Et si cela vous arrive systématiquement parce que vous êtes née femme, cela signifie que vous vivez dans un système politique qui utilise la souffrance et l’humiliation pour vous contrôler et vous blesser. Mais une des choses qui nous arrive est que tout un tas de gens disent que nous ne sommes pas des victimes mais que nous nous sentons victimisées. Nous le sentons. C’est un état d’esprit. C’est une réaction émotionnelle excessive, un ressenti. Ce n’est pas quelque chose qui nous est arrivé ; c’est plutôt que nous avons un état d’esprit qui est mauvais. Et les féministes sont responsables de cet état d’esprit, parce que nous amenons les femmes à se sentir victimisées.

Quand nous faisons remarquer qu’il y a dans notre pays un viol toutes les trois minutes et qu’une femme est battue toutes les dix-huit secondes, c’est très mauvais pour les femmes parce que cela les fait se sentir victimisées. Et nous ne sommes pas censées être mauvaises et amener les femmes à se sentir mal. Cette tactique est le summum de la manipulation. Elle nous prive complètement du socle sur lequel nous dresser et dire : « Nous avons un problème politique. Nous allons y trouver une solution politique. Et pour la trouver, nous allons changer la société dans laquelle nous vivons. »

Si vous preniez un groupe de personnes, et que vous découvriez soudainement qu’une d’entre elles est battue toutes les 18 secondes, qu’une est violée toutes les trois minutes, et que dix milliards de dollars par an sont dépensés pour prendre plaisir à les regarder être violées, pour prendre plaisir à les regarder être exploitées et dépersonnalisées et violées, et que vous ne vous sentiez pas un peu désarçonnée, je veux dire un peu éreintée sur les bords, il me semble que vous seriez non seulement une victime, mais à moitié morte, totalement inerte, et une véritable idiote.

L’exploitation est réelle et identifiable, et la combattre vous rend forte, pas faible. La violation sexuelle est réelle, et elle est intolérable, et la combattre vous rend forte, pas faible. La haine des femmes est réelle, et elle est systématisée dans la pornographie et dans les actes de violence sexuelle commis contre les femmes, et la combattre vous rend forte, pas faible. Et la droite comme la gauche – que ce soit Phyllis Schlafly qui vous sermonne en disant que si vous aviez été vertueuse vous n’auriez pas été harcelée sexuellement, ou que ce soit la gauche qui vous explique que vous devriez célébrer votre sexualité et oublier le viol, oubliez-le, n’ayez pas une mauvaise attitude, ne vous sentez pas victimisée – l’une et l’autre veulent que les femmes acceptent le statu quo, qu’elles vivent dans le statu quo, et qu’elles n’organisent pas la résistance dont je viens de parler. Parce que la première étape d’une résistance à l’exploitation est de la reconnaître, de l’examiner, de la comprendre, et de ne pas mentir à propos de là où elle vous écrase.

Et la seconde étape est de vous soucier suffisamment des autres femmes pour que si les choses vont bien pour vous aujourd’hui, et aussi hier, mais que si pour votre sœur pendue à un arbre les choses ne vont pas bien, alors vous faites tout ce qu’il faut pour trancher cette corde.

Le féminisme est l’opposition à la haine des femmes afin d’arriver à une société vraiment égalitaire. Et aucun mouvement de femmes ne peut s’enraciner dans des défenses politiques de la haine des femmes. Celles qui pensent que la haine des femmes est acceptable ne sont pas des féministes. Elles n’en sont pas. Celles qui pensent qu’elle est acceptable quelquefois, ici et là, là où ça leur plaît, là où elles en jouissent, là où elles prennent leur pied, surtout sexuellement, ne sont pas des féministes non plus. Et les gens qui pensent que la haine des femmes est très mauvaise parfois, mais qu’elle est acceptable dans la pornographie parce que la pornographie crée des orgasmes, ne sont pas des féministes. La pornographie crée en effet des orgasmes chez les gens qui détestent les femmes – ça oui. Et les gens qui détestent les femmes au point de croire que l’exploitation des femmes est une forme d’expression ou une idée ne sont pas des féministes. Les gens qui croient que les femmes ne sont pas tout à fait des êtres humains comme eux – ou que les femmes dans la pornographie ne sont pas tout à fait des êtres humains comme elles – ne sont pas des féministes. Quiconque prend la défense des gens qui haïssent les femmes, qui produisent la haine des femmes, qui produisent la pornographie, qui célèbrent le sexe haineux des femmes, ces gens ne sont pas des féministes.

J’aimerais voir notre mouvement revenir à ce que j’appelle le féminisme primitif. C’est très simple. Cela signifie que quand quelque chose blesse les femmes, les féministes s’y opposent. La haine des femmes blesse les femmes. La pornographie est la haine des femmes. La pornographie blesse les femmes. Les féministes ne sont pas pour, mais contre.


[1] William F. Buckley fut un essayiste et journaliste conservateur (1925-2008). 

VERSION ORIGINALE: « Woman hating left and right », allocution donnée par Dworkin lors d’une conférence féministe collective tenue à New York en 1985 et reproduite dans l’ouvrage collectif « The Sexual Liberals and the Attack on Feminism », publié par Dorchen Leidholdt et Janice B. Raymond, un texte que l’on peut télécharger en entier ici :
https://janiceraymond.com/the-sexual-liberals/

Traduction : Annick Boisset, Martin Dufresne et Yeun Lagadeuc-Ygouf pour TRADFEM : https://tradfem.wordpress.com/2025/11/27/misogynes-a-gauche-comme-a-droite/