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Andrea Dworkin : « Misogynes, à gauche comme à droite »

Une allocution prononcée par Andrea Dworkin en 1985

Captation sonore de l’original et images vidéo

Il y a longtemps que nous ne nous sommes pas réunies pour parler de ce que nous entendons par le féminisme, et de pourquoi le combat pour la liberté des femmes nous importe au point d’y consacrer nos vies : pas seulement trois heures le samedi après-midi ; pas l’envoi d’une lettre, à l’occasion, de temps à autre ; pas une exclamation outragée comme « Oh mon dieu, vous ne pensez pas vraiment cela ! » Nous ne pensons réellement pas que nos vies sont futiles. Imaginez cela ! Et nous ne pensons pas que les crimes commis contre nous sont mineurs et futiles. Et cela signifie que nous avons fait des progrès prodigieux pour réaliser que nous sommes des êtres humains qui avons des droits sur cette terre ; que personne ne peut nous enlever ces droits ; que nous avons été blessées par la subordination systématique des femmes, par la violence sexuelle systématique à laquelle on nous a exposées. Et nous sommes politiquement organisées pour riposter et pour transformer de fond en comble la société dans laquelle nous vivons.

Je pense qu’en tant que féministes, nous avons une façon de voir les problèmes que d’autres gens ne semblent pas comprendre. Pour dire les choses clairement, la droite et la gauche ne semblent pas comprendre ce que les féministes essaient de faire. Les féministes essaient d’abattre une hiérarchie sexuelle, une hiérarchie raciale, une hiérarchie économique, dans laquelle les femmes sont blessées, sont privées de pouvoir, et dans laquelle la société célèbre la cruauté envers nous et nous refuse l’intégrité de nos propres corps et la dignité de nos propres vies.

Eh bien, comme vous l’avez sans doute remarqué, ce n’est pas un problème que la gauche a décidé de voir résolu. Et c’est un problème que la droite ne considère pas du tout comme un problème. La droite n’en est pas encore au stade de dire que le problème n’est pas encore important – comme l’a fait la gauche, puisque que la gauche est toujours d’avant-garde. La gauche étant d’avant-garde, elle peut se dresser pour dire : « Oui, nous comprenons le problème. C’est juste qu’il n’est pas particulièrement important ». La droite, étant des dinosaures, se contente de dire qu’il n’y a pas de problème. Et nous sommes censées choisir entre les deux. 

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Andrea Dworkin : À propos de la rédaction de « Pornographie : les hommes s’approprient les femmes ».

[Ce qui suit est une partie d’un article d’abord publié dans la San Francisco Review of Books. Copyright © 1981 par Andrea Dworkin.] (Pornographie : les hommes s’approprient les femmes, éditions Libre)

Au cours de la rédaction de mon plus récent livre, j’ai vécu le plus extrême isolement que j’aie connu en tant qu’écrivaine. Je vivais dans un monde d’images — des corps de femmes exposés, des femmes prostrées, étalées, suspendues, écartelées, ligotées et lacérées — et dans un monde de livres — remplis de viols collectifs, de viols à deux, de viols commis par des hommes sur des femmes, de viols lesbiens, de viols de femmes par des animaux, d’éviscérations, de tortures, de pénétration, d’excréments, d’urine et de mauvaise prose. J’ai travaillé trois ans à ce livre. Après la première année, une amie est entrée dans ma chambre et m’a passé la remarque qu’elle était plus à l’aise dans les magasins de porno du quartier. Six mois plus tard, l’ami avec lequel je vivais m’a demandé calmement et sincèrement d’éviter de lui montrer les documents sur lesquels je pouvais travailler et aussi, si possible, de ne pas les laisser dans une autre pièce que la mienne. J’ai des ami-es bon·nes et prévenant·es. Leurs nerfs ne pouvaient même pas supporter le peu qu’illes apercevaient. Moi, j’y étais immergée.

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« Vous allez devoir débarrasser mon cul de votre fantasme », compte-rendu de Pornographie d’Andrea Dworkin par Didier Epsztajn

Andrea Dworkin : Pornographie
Les hommes s’approprient les femmes

Editions Libre 2022, 340 pages, 20 euros

« J’ai rencontré d’énormes difficultés à écrire et à publier cet ouvrage. La pornographie que j’ai dû étudier pour l’écrire a envahi ma vie et m’a plongée dans une grande détresse personnelle. J’ai beaucoup de difficulté à gagner ma vie pendant cette période, en partie parce que les magazines et les journaux refusaient, presque sans exception, de publier mes écrits. Les maisons d’édition ne voulaient pas publier ce livre. L’achèvement de ce livre est pour moi le triomphe d’une écrivaine se battant pour sa survie. De nombreuses personnes m’ont aidée et je ne les oublierai jamais. Il est à la fois juste et véridique de dire que j’aurais sombré sans leur aide ». Andrea Dworkin dans ses remerciements en fin de livre.

Il aura fallu plus de quarante ans pour que Pornography : Men possessing Woman soit enfin traduit en français. Il faut en remercier Ann Leduc et Martin Dufresne. J’aurais aimé lire un tel livre beaucoup plus jeune, pour moins m’égarer dans certaines lectures, au nom d’une conception bien masculiniste de la liberté sexuelle revendiquée. L’autrice ne joue pas sur les mots, elle utilise ceux du quotidien dans toute leur âpre nudité. Elle ne se laisse pas tromper par des allégations sur l’érotisme et l’encensement d’ouvrages ouvertement pornographiques et violents, elle nomme et analyse des livres, des images, des productions de l’industrie pornographique. Andrea Dworkin discute des violences masculines faites aux femmes, des conséquences sociales de la consommation de pornographie, des rapports de domination, de l’humiliation des femmes parce qu’elles sont des femmes. Elle aborde aussi des productions soi-disant scientifiques naturalisant la domination masculine, discréditant le non des femmes, justifiant la violence et le viol… Quarante après, un livre toujours d’actualité.

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INDISPENSABLE : « Pornographie: Les hommes s’approprient les femmes » d’Andrea Dworkin (Éditions LIBRE)

[L’avant propos par Dora Moutot.]

« S’il y a une féministe que j’aurais vraiment aimé rencontrer, c’est bien Andrea Dworkin.

Elle fait partie des femmes que j’admire, car elle a su parler de sexualité de façon novatrice, critique et incisive.

Mais je n’ai pas eu cette chance. J’avais 18 ans quand elle est décédée et à cette époque, je n’avais pas encore de conscience féministe.

Pourtant à 18 ans, je consommais déjà du porno sur internet, je pensais naïvement que c’était « cool » et même « progressiste ». Pendant de longues années, l’industrie porno a conditionné mes fantasmes et ma vie sexuelle, comme celles de tant de femmes et d’hommes, sans que je sois capable de percevoir les scripts misogynes qui avaient été implantés dans mon imaginaire sexuel par ce biais. 

Pornographie, Les hommes s’approprient les femmes d’Andrea Dworkin, initialement publié en 1979 dans sa version originale, est un pilier du féminisme radical, un livre visionnaire sur l’industrie pornographique et son impact sur les rapports femmes-hommes et sur la société.

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Notre sang, d’Andrea Dworkin – un compte rendu de Claudine Legardinier

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« Notre sang » d’Andrea Dworkin vient d’être réédité aux Editions des femmes dans une traduction de Camille Chaplain et Harmony Devillard. Essentiel !

Radical. Explosif. Eclairant de bout en bout. Lire Andrea Dworkin, c’est un peu comme mettre les doigts dans la prise électrique. Le patriarcat, ce « système suprémaciste masculin  qui nous opprime et menace de détruire toute vie sur cette planète » y est passé au crible à travers neuf discours tenus dans les années 1970 par une grande féministe américaine dont Kate Millett, sœur de combat, pourra dire qu’ils contiennent «  la fureur de générations de femmes silencieuses  ».

Nation sexiste, nation raciste, Dworkin traque aux Etats-Unis et partout sur la planète une pathologique volonté de domination dont elle appelle les femmes à se libérer. Jetée sur les routes suite à ce qu’elle appelle le blocus des éditeurs (qui lui reprochent son manque de « féminité »), elle devient une brillante oratrice qui taille ses formules au couteau : « Les hommes sont possesseurs de l’acte sexuel, de la langue qui décrit le sexe, des femmes qu’ils chosifient »« Le viol n’est en rien un excès, ni une aberration, ni un accident, ni une erreur – il incarne la sexualité telle que la définit la culture ».

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Andrea Dworkin : La haine des femmes (présentation)

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Avec l’aimable autorisation de M éditeur

Ce livre est un acte, un acte politique dont la révolution est l’objectif. Il n’a pas d’autre fonction. Ce n’est pas une quelconque sagesse cérébrale ou une foutaise universitaire, ou des idées gravées dans le granit ou destinées à l’immortalité. Il fait partie d’un processus et son contexte est le changement. Il fait partie d’un mouvement planétaire visant à refondre les us communautaires et la conscience humaine pour que les gens acquièrent le pouvoir sur leurs vies, participent entièrement à la communauté et vivent dans la dignité et la liberté.

La volonté de mettre fin à la domination masculine comme fondement réel psychologique, politique et culturel sur nos vies sur Terre est l’engagement révolutionnaire de base. C’est un engagement pour la transformation du soi et de la réalité sociale à tous les échelons. Le cœur de cet ouvrage est une analyse du sexisme comme système de domination masculine, ce qu’il est, comment il fonctionne sur nous et en nous. Je veux aussi aborder brièvement deux problèmes, tangents à cette analyse, mais néanmoins cruciaux à l’élaboration du programme et de la conscience révolutionnaires. Le premier est la nature du mouvement des femmes en tant que tel et le deuxième a à voir avec le travail de l’écrivain·e.

Jusqu’à l’apparition de la brillante anthologie Sisterhood Is Powerful et de l’extraordinaire ouvrage de Kate Millett, La politique du mâle, les femmes ne se percevaient pas comme une population opprimée. Il faut admettre que la plupart des femmes n’ont toujours pas cette conscience. Mais le mouvement des femmes, comme mouvement radical de libération des femmes en Amérique, date de la parution de ces deux livres. Nous apprenons, en nous réappropriant notre hystoire, qu’il y a eu un mouvement des femmes qui s’est mobilisé en vue d’atteindre le droit de vote pour les femmes. Nous apprenons que ces féministes étaient aussi d’ardentes abolitionnistes. Les femmes ont fait leur coming out à titre d’abolitionnistes – sortant des placards, des cuisines et des chambres à coucher pour investir des réunions publiques, des journaux et les rues. Les héroïnes militantes du mouvement abolitionniste ont été des femmes noires, Sojourner Truth et Harriet Tubman, et elles demeurent des prototypes de modèles révolutionnaires.

Ces premières féministes amérikaines considéraient le suffrage comme la clé d’une participation à la démocratie et que, libres et affranchies, les ex-esclaves seraient réellement libres et affranchies. Ces femmes n’imaginaient pas que le suffrage serait, dans les faits, refusé aux Noir·es au prétexte de tests en compétence linguistique, de critères de propriété et de mesures de répression policière par des Blancs racistes. Elles n’imaginaient pas non plus la doctrine des « distincts, mais égaux » et l’usage qui en serait fait.

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Dworkin aujourd’hui.

[Texte publié dans le volume 37, n°1 de Nouvelles Questions féministes.]

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Photo de couverture : la Coit Tower dominant la baie de San Francisco avec vue sur la prison d’Alcatraz

Après Woman Hating et Pornography : Men Possessing Women, Intercourse (Coïts) complète la trilogie d’essais rédigés par Andrea Dworkin sur les figures centrales de l’idéologie patriarcale : misogynie, pornographie, sens donnés au coït. Coïts paraît cette année aux Éditions Syllepse et du Remue-ménage.

Dworkin a rédigé la Préface que publie aujourd’hui NQF huit ans après la première publication d’Intercourse, pour dissiper les calomnies diffusées sur un texte que presque personne n’avait eu l’occasion de lire aux États-Unis. Cette présentation du livre donne la mesure de l’audace de l’autrice, revendiquant son traitement de textes masculins pour révéler leurs outrances en leurs propres mots, qu’il s’agisse de grands maîtres ou d’auteurs moins cotés : « La voix de chaque auteur est intégrée à la construction même du livre », écrit Dworkin. « Je me sers de Tolstoï, Kôbô Abé, James Baldwin, Tennessee Williams, Isaac Bashevis Singer et Flaubert, non comme autorités mais comme exemples. Je les utilise ; je les entaille et les dissèque pour les exposer ; mais l’autorité fondatrice du livre, celle qui sous-tend chacun de ses choix, est la mienne. En termes formels, Intercourse est donc arrogant, froid et dénué de remords. Ce n’est pas moi, la fille, que vous allez examiner, mais eux. J’ai créé avec Intercourse un univers intellectuel et imaginatif où vous pouvez les observer. »

Dworkin est relativement peu connue en Europe francophone, contrairement à d’autres écrivaines encadrées par les pouvoirs de l’université et de la grande presse. Sa praxis a très tôt été celle d’une journaliste militante indépendante et d’une oratrice fougueuse, vivant de sa plume et de conférences livrées sans texte lors de manifestations, d’assemblées populaires et de congrès, à la manière de Louise Michel et Victoria Woodhull. Aujourd’hui encore, des femmes étudient ses textes dans des clubs de lecture, ses aphorismes sont omniprésents sur internet, et plusieurs sites du web rediffusent ses intuitions fulgurantes. Continuer à lire Dworkin aujourd’hui.