Archives du mot-clé Justice

CFCV : Communiqué pour Mathilde

[Je relaye tardivement ce communiquer de Collectif Féministe Contre la Viol – CFCV – pour vous inciter à soutenir cette structure depuis des années cruciale. ]

Le lundi 19 mai 2025, l’équipe du Collectif Féministe Contre le Viol apprend le décès de Mathilde.

Après des années de violences conjugales, sexuelles, et institutionnelles, Mathilde a mis fin à ses jours.

Dans ce communiqué, nous ne changerons pas le prénom de Mathilde. Son prénom doit être prononcé haut et fort.

Nous souhaitons parler de ce qu’elle a subi, affirmer notre soutien à ses proches et exprimer notre colère.

Mathilde a 23 ans quand elle nous contacte pour la première fois sur la permanence téléphonique « Viols-Femmes- Informations – 0 800 05 95 95 » en avril 2021.

Courageusement, elle confie les viols conjugaux, les humiliations, la terreur infligés par son compagnon pendant quatre ans. Séparée de l’agresseur, elle poursuit sa vie entre hospitalisations et reconstruction. Elle se prépare à être de nouveau confrontée à lui lors d’un procès pour viols. Elle nous demande de nous constituer partie civile, et d’être à ses côtés dans cette épreuve.

Nous rencontrons Mathilde et sa mère dans nos locaux afin de préparer l’accompagnement solidaire au procès. Mathilde est fatiguée, assommée par les médicaments. Son état témoigne des violences subies, montre à quel point les agresseurs abîment, détruisent. Mathilde est aussi debout, prête à se battre et à être présente au procès.

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« Ce que l’amitié de Noam Chomsky avec Jeffrey Epstein révèle sur la politique progressiste » par Kavita Krishnan

[article repiqué depuis le Blog Entre les lignes entre les mots. Merci Didier. Il concerne les liens de Chomsky, auteur entre autres de La fabrique du consentement, avec J. Epstein.]

L’icône de la gauche a fermé les yeux sur les violences sexuelles, tout comme les progressistes littéraires et culturels indiens ont embrassé un homme dont la condamnation pour viol a été annulée

« J’ai rencontré toutes sortes de gens, y compris des criminels de guerre majeurs. Je ne regrette pas d’avoir rencontré l’un d’entre eux. » Telle fut la réponse belliqueuse de l’intellectuel Noam Chomsky en 2023 à la question d’un journal sur ses liens avec Jeffrey Epstein [1]. Plus récemment, les courriels d’Epstein révèlent une amitié étroite avec Chomsky et son épouse [2].

Un témoignage (non daté mais rédigé en 2017 ou après) écrit par Chomsky pour Epstein présente un intérêt particulier. Il y décrit leur amitié de six ans comme une expérience « précieuse » et « enrichissante », grâce à l’étendue intellectuelle et aux idées d’Epstein, et affirme que « Jeffrey a pu organiser à plusieurs reprises, parfois sur-le-champ, des rencontres très productives avec des personnalités de premier plan dans les sciences et les mathématiques, ainsi que dans la politique mondiale, des gens dont j’avais étudié les travaux et les activités mais que je n’avais jamais espéré rencontrer. »

Dans la tristement célèbre interview de la BBC Newsnight, on a demandé à Andrew Mountbatten Windsor [3] si, rétrospectivement, sachant qu’Epstein était un pédophile et un prédateur sexuel, il ressentait une quelconque « culpabilité, regret ou honte » concernant son amitié avec Epstein. Non, répondit-il, « la raison étant que les personnes que j’ai rencontrées et les opportunités qui m’ont été données d’apprendre soit par lui soit grâce à lui étaient en fait très utiles… (cela) a eu des résultats sérieusement bénéfiques dans des domaines qui n’ont rien à voir avec (ses crimes). »

Chomsky et Andrew disent tous deux qu’ils ne regrettent pas d’avoir été amis avec Epstein parce que grâce à lui, ils ont pu rencontrer des personnes utiles et importantes.

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« Pas tous les hommes quand même ! »

[Je repique cette courte chronique publiée dans le journal Bifisud n°57 du syndicat Sud au CHU de rennes]

« Pas tous les hommes quand même ! », c’est le titre d’un petit livre féministe au ton vif, colérique et plein d’humour, de Giulia Foïs, une journaliste. (2025, éditions La Meute, 11.5€.)

L’autrice revient dans son essai sur cette phrase répétée, ad nauseam, dés qu’un témoignage de violence sexiste et sexuelle voit le jour : « Pas tous les hommes quand même ! »

L’autrice montre en quoi cette phrase est une résistance aux dénonciations et analyses féministes. Elle fait en effet taire les victimes en détournant le sujet, elle minimise les violences masculines d’une société patriarcale, et cherche à nier le caractère systémique de celles-ci. Elle permet aussi aux hommes d’éviter un examen de conscience qui serait pourtant fort utile.  « Celui qui dit #NotAllMen souligne, en creux, que lui n’a pas violé. Estimant sans doute qu’il mérite des lauriers. Oubliant que c’est le minimum qu’on puisse lui demander. (…) Cesser de dire #NotAllMen, c’est trouver la force de s’interroger : dans ce système que je dis conchier, quel a été mon rôle ? » Et lequel est-il aujourd’hui ?

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La France à nouveau condamnée par la Cour Européenne des droits de l’homme (CEDH) dans une affaire de viol sous couvert de BDSM

Ce jeudi 4 septembre, la France est à nouveau condamnée par la CEDH, cette fois dans une affaire de viols et de violences sadiques. Dans cet arrêt, la CEDH prend acte que la notion de consentement est déjà au cœur de la définition du viol en France et ce en raison de la jurisprudence. En revanche, elle considère que l’interprétation qui est faite du consentement par les juridictions nationales est une violation de l’article 3 de la Convention Européenne des droits de l’homme. La CEDH sanctionne donc la pratique jurisprudentielle française et vient préciser que dorénavant, il faudra, systématiquement et nécessairement, apprécier le consentement donné à l’aune de l’environnement coercitif dans lequel le consentement a pu être extorqué. Notamment, un “contrat” BDSM ne sera plus considéré comme un consentement réel mais comme un instrument de coercition.

Dans cette affaire, les violences sadiques ont été commises dans un contexte professionnel, la victime et l’agresseur travaillant dans le même hôpital, elle avec un contrat précaire, lui avec un poste à responsabilité. Conformément à la stratégie classique des agresseurs, ce dernier avait, aux fins de garantir son impunité, installé une situation de contrôle coercitif et fait signer un “contrat maître-chienne” à sa victime aux termes duquel elle “consentait” à des actes d’humiliation et de violences. En raison de ce “contrat”, les institutions judiciaires françaises ont estimé qu’il n’y avait pas eu de viols. Après avoir épuisé les voies de recours internes, la victime s’est tournée vers la CEDH.

L’AVFT, qui a accompagné et soutenu la victime depuis le début de la procédure était co-requérante, et Osez le Féminisme a présenté un mémoire en tierce intervention en soutien de la requérante pour déconstruire les mythes patriarcaux du BDSM invoqués par les auteurs de violences sexuelles au service de leur stratégie d’impunité.

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Julie Bindel : « Les conjoints violents et auteurs d’abus sexuels peuvent-ils être « traités » avec succès ? »

Si ce n’est pas le cas, pourquoi ? Après tout, les féministes, dont je fais partie, affirment que la violence masculine n’est ni naturelle ni inhérente. Mais poursuivez votre lecture…

Le mois dernier, il a été annoncé que le ministre de l’Intérieur allait allouer 53 millions de livres sterling au cours des quatre prochaines années pour développer des programmes destinés aux auteurs de violences conjugales (PIVC). Ces programmes visent à modifier le comportement des hommes qui maltraitent leur partenaire afin de réduire le risque de nouvelles violences. Pour replacer cette mesure dans son contexte réel, l’organisation Women’s Aid a récemment annoncé la fermeture de son service de soutien en ligne aux femmes en raison d’un manque de financement, et trois centres britanniques d’aide aux victimes de viol ont fermé leurs portes au cours de l’année dernière.

La baronne Newlove, commissaire aux victimes pour l’Angleterre et le Pays de Galles, a salué cette nouvelle de ce financement de PIVC, la présentant comme un exemple clair de la priorité accordée par le gouvernement à la lutte contre la violence conjugale dans sa prochaine stratégie contre les violences envers les femmes et les filles.

Cependant, en tant que militante contre la violence masculine depuis plus de 40 ans, je pense que cette décision est vouée à l’échec.

Le bénéficiaire de cette aide de plusieurs millions de livres sterling est le partenariat DRIVE, créé en 2015 et composé d’organisations spécialisées dans la sensibilisation des auteurs de violences conjugales.

Ces programmes destinés aux auteurs de violences ont été importés des États-Unis par des défenseurs bien intentionnés, qui soutiennent que puisque de nombreux agresseurs ne sont même pas signalés à la police, et encore moins traduits en justice, ces initiatives pourraient contribuer à rendre redevables un plus grand nombre d’hommes violents et à assurer la sécurité d’un plus grand nombre de femmes grâce à la réhabilitation de ces hommes.

Malheureusement, il n’existe pratiquement aucune preuve crédible que ces cours changent réellement les hommes (sauf peut-être à court terme, jusqu’à ce que leurs femmes et leurs partenaires acceptent le mantra « je vais changer » et acceptent de les reprendre à charge).

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Affaire French Bukkake : Une décision historique de la Cour de cassation [Communiqué]

Nous, associations, organisations et femmes politiques, féministes, antiracistes et engagées pour la dignité humaine, nous nous félicitons de l’arrêt rendu le 16 mai 2025 par la Cour de cassation dans l’affaire dite French Bukkake. Cet arrêt vient heureusement censurer une décision de la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris de février dernier qui était profondément entachée de stéréotypes sexistes et racistes, et gravement défavorable aux victimes.

En effet, aujourd’hui, la plus haute juridiction reconnaît, bien évidemment, que les nombreux viols que les parties civiles ont subis dans leur chair étaient aggravés par le sexisme et le racisme des propos qui les accompagnaient. La Cour de cassation, et c’est en cela un arrêt totalement inédit, a également fait une application stricte de la loi, conformément aux nombreuses conventions internationales et textes européens contraignants (telles que les Conventions sur la traite et les directives européennes). 

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Préfaces au livre de Carine Durrieu Diebolt : Violences sexuelles : Quand la justice maltraite, Les leçons du procès Pelicot

Carine Durrieu Diebolt : Violences sexuelles : quand la justice maltraite
Les leçons du procès Pelicot

Editions Syllepse, Paris 2025, 128 pages, 10 euros
commande ici : https://www.syllepse.net/violences-sexuelles-quand-la-justice-maltraite-_r_22_i_1128.html
  • Magali Lafourcade : Victimisation secondaire et processus judiciaire
  • Charlotte Arnould : De la justice j’attendais tout

Victimisation secondaire et processus judiciaire

Nous nous faisons souvent une très haute idée de la justice, mais s’agissant du traitement des violences sexuelles, des voix de plus en plus nombreuses s’élèvent pour dénoncer un double écueil. D’une part, une justice qui classe massivement sans suite les plaintes et condamne peu les auteurs, au risque de nourrir un sentiment d’impunité. D’autre part, une justice qui permettrait le déploiement d’une violence, cette fois institutionnelle.

Récemment, s’est en effet imposée dans le débat public l’idée que le processus judiciaire en lui-même pourrait être porteur d’une violence pour les plaignantes et plaignants, déjà traumatisés par les violences sexuelles subies. Sous le vocable de « victimisation secondaire » c’est tout le processus judiciaire, de la conduite des investigations à la motivation des décisions, en passant par l’audience de jugement, qui se trouve interrogé.

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Pourquoi les victimes de l’affaire French Bukkake ont décidé d’aller en Cassation (reçu par Osez le féminisme)

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Le 11 avril, est sorti le livre Sous nos regards : Récits de la violence pornographique dans lequel 15 autrices recueillent les témoignages de 16 plaignantes des affaires dites « French Bukkake » et « Jacquie et Michel ». Elles y dénoncent les sévices extrêmes endurés : viols collectifs, actes de torture et de barbarie, humiliations racistes et sexistes, manipulation, séquestration, et diffusion publique de leurs viols. Longtemps réduites au silence, elles s’imposent désormais dans l’espace public au prix d’un courage inouï.

Pourtant, face à l’institution judiciaire, leur parole continue d’être niée : quatre ans après les premières mises en examen, la chambre de l’instruction a ordonné le renvoi de 16 pornocriminels pour viols aggravés, proxénétisme et traite des êtres humains tout en refusant la qualification d’actes de torture et de barbarie et les circonstances aggravantes de sexisme et de racismeEn outre, elle a interprété de manière bien trop restrictive l’infraction de proxénétisme. Les motivations de la chambre de l’instruction sont scandaleusement biaisées par la culture du viol et par la misogynie, ce qui est frontalement contraire aux droits garantis par la Convention Européenne des Droits de l’Homme (CEDH).

L’enquête révèle :

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« L’affaire French Bukkake » 

La pornographie est banalisée depuis des années. La pornographie, vous savez, ce ne serait que des images, des représentations de la sexualité, ou une façon de découvrir le sexe ; pour les hommes et pour les femmes.

Alors, le livre Sous nos regards – récits de la violence pornographique tombe à point nommé. Il est une pièce à charge dans ce qu’on appelle désormais « l’affaire French Bukkake » ; impliquant entre autres Julien Dhaussy, Pascal Ollitrault, dit Pascal OP, ainsi que le site Jacquie et Michel (Piron).

« Il y avait quelqu’un dans ce corps, après tout », tel est l’épigraphe de Toni Morisson qui ouvre le livre.

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« A Mazan, Dominique Pélicot organise les viols de sa femme, ailleurs, un mari organise la prostitution de sa femme… est-ce différent ? » par Geneviève Duché

Merci Gisèle Pélicot ! merci de votre courage, merci d’avoir tenu, voulu, témoigné, d’avoir rappelé qu’une victime de violences sexistes et sexuelles, contrairement à ce que ce mot victime traîne à tort de représentations de passivité, de mièvrerie, même de la part de certaines féministes – est aussi une femme debout, forte, solidaire et déterminée à mettre en lumière la violence masculine et d’un système de domination, réclamant justice pour elle et pour toutes les femmes. Nous vous avons apporté des fleurs, applaudie pour dire notre sororité et le partage de votre douleur et de celle de votre famille. Grâce à vous, la justice française a été (jusqu’à aujourd’hui et enfin !) à la hauteur de l’enjeu de ce procès avec les moyens du droit et de la loi que nous avons et que nous devons pour grande partie à une autre Gisèle depuis le procès d’Aix en Provence en 1978. Mais attendons les verdicts. Grâce à votre courage et à celui de vos enfants, pendant trois mois il a été clair pour toutes et tous que l’intime est politique. Mais nous savons aussi que votre souffrance et celle de votre famille, que les effets destructeurs sur votre santé ne s’arrêtent pas à ce moment terrible et public qui a révélé l’impensable et qui laisse encore des zones d’ombre, comme l’inceste, avec lesquelles votre fille en particulier devra se battre.

A nous, les féministes en lutte contre les violences sexuelles et sexistes, en lutte contre le patriarcat, de poursuivre, de ne jamais laisser retomber notre mobilisation, de ne jamais laisser oublier ce que vous avez permis, à savoir :

De mettre en lumière une violence masculine intentionnelle, préméditée, organisée, destructrice, transformant une femme en corps inerte pour la jouissance d’une centaine d’hommes pendant des années.

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Procès des violeurs de Mazan : « Ils m’ont traitée comme un sac poubelle », par Claudine Legardinier

« Un procès hors normes » a titré la presse. Est-elle vraiment si « hors normes » cette affaire Pélicot ? Une cinquantaine d’hommes comparaissent pendant 4 semaines pour viols aggravés infligés pendant 10 ans à une femme droguée par son mari et livrée à ces hommes inconsciente. 

Des monstres ? Non, des hommes tout ce qu’il y a d’ordinaires qui ont profité de « l’offre » d’un mari pornographe ; des hommes prêts à tout pour s’affranchir du consentement d’une femme… et s’ils n’ont pas payé le mari en argent, on peut ici parler « d’échange », puisque les uns ont eu à leur disposition une femme sans avoir besoin dudit consentement, l’autre a obtenu des « acteurs » gratuits pour son fantasme : les vidéos pornos qu’il tournait. Et par lesquelles, heureusement, il a été découvert.

Après le cataclysme de la découverte des faits, on peine à imaginer la force qu’il faut à Gisèle Pélicot (71 ans) pour faire face à son ex-mari et à 50 de « ses » violeurs ; pour voir déballée sa vie intime et épluchés les dizaines et dizaines de viols qu’elle a subis comme « une poupée de chiffon » ; et pour survivre au gouffre qui s’ouvre quand on croit avoir partagé avec un mari attentionné cinquante ans de vie commune…

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Rejoignez la mobilisation en soutien à toutes les victimes de violences sexuelles !

A l’initiative de plusieurs militantes féministes, un rassemblement en soutien à Gisèle Pélicot, aux autres victimes des viols dans l’affaire de Mazan et à toutes les victimes de violences sexuelles est organisé ce samedi 14/09 dans plusieurs villes de France. 
A Paris, il aura lieu à 14h à la Place de la République. 
Osez le Féminisme sera présente dès 13h30 : rejoignez-nous !

Samedi 14 septembre : appel à la mobilisation dans toute la France en soutien à toutes les victimes de violences sexuelles 
Violences intrafamiliales, soumission chimique, impunité des prédateurs sur internet, inceste, viol conjugal, errance médicale, entourage et voisinage complice : l’affaire Pélicot est emblématique du caractère massif et banal des violences  qu’il faut combattre urgemment.

Nous nous trompons en appelant ce procès  “Affaire Mazan” ou même “Affaire Pélicot”. C’est avant tout l’Affaire des 82 violeurs. C’est aussi l’occasion de se mettre face à la triste banalité du profil des hommes derrière les viols, pour enfin affronter cette réalité. Ami de la famille, inconnu du bar ou de la rue, frère ou cousin, copain, collègue, professeur, voisin : toutes les femmes pourront malheureusement trouver un visage qui les ramène à un souvenir traumatisant parmi la multitude des accusés de Mazan.

Cette affaire est à l’intersection de tout ce que les associations dénoncent depuis des années. Maintenant, il faut des actes. 

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Solidarité avec Pinar Selek

Le 28 juin, Pınar Selek sera jugée pour la 5ème fois par l’État turc.

Il y a 26 ans, en Turquie, Pınar Selek a été arrêtée pour sa recherche sur la résistance kurde.

Conformément à l’éthique professionnelle sociologique, elle refuse de livrer l’identité des interviewé-es : elle est torturée et maintenue en détention. Elle apprend en prison qu’elle est accusée d’un « attentat », survenu sur le marché aux épices d’Istanbul – il s’agit en vérité d’une explosion de gaz accidentelle. Elle reste près de deux ans en prison.

Elle est acquittée une première fois en 2006, mais le parquet fait appel. L’acharnement judiciaire commence avec sa valse de procès débouchant toujours sur des acquittements, faute de preuve, mais ceux-ci sont cassés et entraînent un nouveau jugement… Malgré tout, Pınar Selek poursuit ses travaux de recherche, d’écriture, ainsi que ses engagements au cœur des mouvements sociaux, s’organisant dans les collectifs féministes et LGBT+, et menant de grandes actions antimilitaristes.

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#Metoo syndical : Un procès historique contre la parole de femmes syndicalistes

Appel à la solidarité syndicaliste et féministe

Nous, militantes syndicalistes et féministes, en appelons à votre solidarité et à votre soutien pour notre camarade Christine, qui passe en procès pour diffamation les 30 septembre et 1er octobre 2024 à Paris.

En 2016 et 2017, plusieurs militantes de l’Union Syndicale CGT ville de Paris sont harcelées et/ou agressées par des membres de leur organisation. Contre ces agressions physiques et sexuelles, le collectif Femmes Mixité du syndicat se réunit et mène plusieurs actions. Elles font face à une immense hostilité de certains militants. Christine est membre de ce collectif et co-secrétaire générale du syndicat CGT Petite Enfance de la Ville de Paris.

C’est elle qui fait, au congrès de l’UD CGT de Paris en 2020, le rapport des actions menées par le collectif, et c’est pour cette raison que Régis Vieceli, alors secrétaire général du syndicat CGT déchets et assainissement (FTDNEEA), porte plainte contre elle pour diffamation. (Pour en savoir plus : https://www.mediapart.fr/journal/france/270618/violences-et-agissements-sexistes-l-affaire-que-la-cgt-etouffee).

La Confédération CGT est elle aussi poursuivie en la personne de Philippe Martinez, alors secrétaire général, pour le travail d’enquête mené par la cellule de veille confédérale contre les violences sexuelles.

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Un prédateur sexuel et futur médecin ?

Mesdames et Messieurs, 
Nous souhaitons par la présente vous alerter sur une situation extrêmement préoccupante au sein de l’université de médecine de Limoges.

Celle-ci accueille depuis la rentrée 2021 un étudiant originaire de Tours, accusé de viol et d’agressions sexuelles, qui a depuis été condamné à deux reprises.

Il poursuit tout de même ses études parmi les autres étudiants en 6ème année de l’université, et passe au mois de mai 2024 le concours de l’internat.

Les faits 
En 2021, à la suite du dépôt de cinq plaintes pour viol et agression sexuelle, un étudiant en médecine de l’université de Tours est interdit de territoire en Indre et Loire, et après 2 mois de détention provisoire, placé sous contrôle judiciaire. 

Deux des plaignantes sont mineures au moment des faits, trois sont des camarades de promotion. Les agressions se sont déroulées sur une période s’étendant de 2013 à 2020. 

Les parents de l’accusé sont tous les deux médecins à Tours, et d’anciens camarades de fac du Doyen de ladite université.

Ce dernier n’engage aucune mesure disciplinaire à l’encontre du mis en cause, ce qui lui sera reproché par l’Inspection Générale de l’Education, du Sport et de la Recherche (IGESR), dans un rapport d’enquête en 2022. 

Pour autant, aucune sanction n’est prise à l’issue de la publication du rapport : ni de manière rétroactive envers l’étudiant, ni envers le Doyen pour sa gestion contestable de l’affaire, qui avait éveillé à l’époque des soupçons de complaisance envers l’étudiant et ses parents médecins.

L’étudiant peut alors poursuivre ses études de médecine

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Catharine A. MacKinnon : Le Viol redéfini – Vers l’égalité, contre le consentement (« une pub » pour le livre)

Vers l’égalité, contre le consentement

[Un livre important, avec des propositions pour améliorer le droit, entre autres en France. Une critique profonde du concept de consentement : "Le consentement est la tolérance d'une violation des limites"; "Même les dynamiques psychologiques de la coercition, y compris par l'inégalité, sont bien plus facilement observables chez les parties depuis l'extérieur, que celles liées au consentement".]

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Communiqué de presse : La Grande Cause définitivement classée sans suite ? 

Nos associations, le Collectif Féministe Contre le Viol, Osez le Feminisme!, l’Association européenne contre les Violences faites aux Femmes au Travail (AVFT), Du Côté des Femmes, En Avant Toute(s), Fédération Nationale Solidarité Femmes (FNSF) et la Fondation des Femmes, ont découvert via un article du Journal Du Dimanche l’existence d’une dépêche interministérielle en direction des procureurs de la République, qui aurait débouché sur des classements sans suite massifs et un déni de justice pour des milliers de victimes.

Un classement sans suite désigne l’arrêt d’une procédure judiciaire consécutive à une plainte. C’est le procureur de la République qui en prend la décision. Dans une dépêche de mai 2021, il a été demandé d’accélérer le classement sans suite de nombreuses plaintes pour désengorger les commissariats et services d’enquêtes.

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Jay Dionne : 4 poèmes

[Les poèmes qui suivent viennent du Québec et sont signés Jay Dionne.  Je les publie ici avec son autorisation et je l’en remercie. Les illustrations ont été ajoutées par moi.]

Grandir

Un jardin d’été

Une nuit étoilée

La chaleur du soleil

Sur ma peau bronzée

***

J’me suis privé

Quatre longues années

Pour les troquer

Contre la drogue

***

Sale

***

Pourquoi?

J’me le demande souvent

Pis

Finalement,

J’ai compris

***

La Misère

A beau être ma mère

***

J’pu

Un ti cul.

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Appel à désarmer les criminels climatiques !

Ne laissons pas les ultra-riches et leurs multinationales détruire la planète

Cet été nous avons vécu une succession de catastrophes climatiques : canicules, sécheresses extrêmes, mégafeux. Les restrictions d’eau ont touché l’ensemble du territoire. Orages, tornades, inondations ont également causé des dégâts parfois mortels.

Dans le même temps, nous avons assisté, avec colère, à l’indécence des ultra-riches. Bernard Arnault (LVMH), Vincent Bolloré, Martin Bouygues, François Pinault (Kering) ou Patrick Pouyanné (Total) ont multiplié les trajets de loisir ou de confort dans leur jet privé ou leur méga-yacht, et, en pleine pénurie d’eau, des dérogations ont permis l’arrosage des golfs.

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Lettre ouverte à Madame Anne Hidalgo, maire de Paris

Madame la maire,

Marina Ovsiannikova est la journaliste russe qui, le 14 mars 2022, soit vingt jours après l’invasion russe de l’Ukraine, a brandi une pancarte en direct pendant le journal télévisé, avec ce message :

« Non à la guerre. Arrêtez la guerre. Ne croyez pas à la propagande. Ici on vous ment. Russes contre la guerre. »

Le 15 mars, le président Macron lui a offert l’asile politique en France. 

Condamnée à une amende et laissée en liberté en attendant son procès, elle a continué à manifester son opposition à cette guerre.

Le 10 août, elle a été arrêtée. Elle risque dix ans de prison. Nous savons dans quelles conditions d’arbitraire se déroulent les procès dans la Russie de Poutine. 

Madame la maire, nous vous demandons d’afficher le portrait de Marina Ovsiannikova sur la façade de l’Hôtel de Ville de Paris, comme vous l’avez fait pour d’autres personnes persécutées.

Avec nos sentiments respectueux,

Catherine Deudon, cosignataire des Chroniques du sexisme ordinaire et auteur photographe de Un mouvement à soi et Florence Montreynaud, historienne

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Un nouvel espoir pour Alexandra Richard !

Admise devant la Cour de Cassation, son affaire pourrait être rejugée à l’issue de la procédure Le pourvoi en Cassation formé par Alexandra Richard à la suite de son procès en appel, qui l’a condamnée à 10 ans de prison ferme en octobre 2021, a été accepté par la Cour de Cassation. Le rapporteur public considère que les questions posées sont inédites et qu’elles méritent d’être examinées. Nous y voyons un espoir que le déni de justice dont Alexandra Richard est victime soit enfin reconnu comme tel. 

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CONTRE L’INSTRUMENTALISATION DE LA JUSTICE PAR LES PÈRES VIOLENTS (communiqué de presse)

 CONTRE L’INSTRUMENTALISATION
DE LA JUSTICE PAR LES PÈRES VIOLENTS

Aujourd’hui, en France, les femmes victimes des violences masculines sont isolées et ne bénéficient d’aucun accompagnement. Souvent même, elles sont aussi victimes d’un déni de justice ! On ne connaît que trop bien les violences conjugales, mais que sait-on de la suite de ces violences ? Que se passe-t-il une fois qu’une femme a rassemblé son courage pour porter plainte ou sortir de la situation dangereuse dans laquelle ses enfants (le cas échéant) et elle se trouvent ? Nous souhaitons mettre en lumière ces parcours de “combattantes”, car non seulement les violences ne s’arrêtent pas à la plainte ou à la dénonciation de l’agresseur, mais se poursuivent bien trop souvent au-delà de la séparation. Les femmes subissent alors une instrumentalisation de la garde de leur(s) enfant(s) par le père violent ainsi que tout un lot de violences judiciaires, ce qu’on appelle violences secondaires. 

Ainsi, d’après l’étude d’Emmanuelle Mélan, criminologue, 79% des femmes sondées déclarent avoir subi des violences après séparation, dans certains cas, plus de 5 ans après la séparation. Par ailleurs, Ernestine Ronai indiquait dans une enquête menée en 2008 par l’Observatoire des violences envers les femmes du conseil départemental de la Seine-Saint-Denis en collaboration avec le Parquet du TGI de Bobigny que sur les 24 féminicides survenus sur le département entre 2005 et 2008, dans la moitié des cas, les assassinats s’étaient produits à l’occasion du droit de visite du père violent. La France manque cependant cruellement d’études récentes sur le phénomène des violences post-séparation.

Les violences post-séparation

Une des idées reçues dans le domaine des violences conjugales est que les femmes, dont celles qui sont mères, victimes de violences par leur ex-conjoint sont à l’abri de leur agresseur une fois sorties du mariage ou de la relation. Or c’est un continuum des violences qui s’opère. Toutes les femmes dont nous avons recueilli le récit témoignent avoir subi des violences après la séparation, que celles-ci soient d’ordre physiques ou psychologiques. Pire, lorsqu’il y a des enfants de cette union, le lien avec l’agresseur est maintenu et ces femmes subissent alors harcèlement, manipulation, menaces, chantage. Les violences envers les enfants deviennent alors un moyen de torturer la mère. C’est un stratagème utilisé par les ex-conjoints agresseurs pour se venger de leur ex. Ces hommes pensent que la femme et les enfants leur appartiennent et ils considèrent la séparation comme une trahison qu’ils veulent punir. Le principe est le même que pour les violences conjugales. 

Les médias ne font malheureusement pas état de ces violences post-séparation, dont les éléments de possession, contrôle et vengeance devraient pourtant être discutés. 

Les violences judiciaires 

Continuer à lire CONTRE L’INSTRUMENTALISATION DE LA JUSTICE PAR LES PÈRES VIOLENTS (communiqué de presse)

« Protéger les mineur·es des crimes et délits sexuels et de l’inceste » par Catherine Le Magueresse & Laure Ignace

[L’article plus bas est une analyse du projet de loi qui sera débattu devant l’assemblée nationale prochainement. Il a été mis en ligne ici. Je remercie Laure Ignace pour son autorisation à le répercuter. L’autre autrice, Catherine Le Magueresse, vient de publier un livre indispensable concernant le traitement judiciaire des agressions sexuelles (viol, harcèlement, inceste,…) : Les pièges du consentement. Elle y explique l’histoire du concept de consentement, et montre en quoi la justice protège les agresseurs – avec de nombreux exemples tirés des tribunaux . Elle y explique les pièges, en particulier à travers la critique de la notion de « contrat », tant vantée dans nos sociétés libérales. Après avoir exposé et mis en discussion différentes refontes possibles du droit – à travers des propositions féministes ou des recours au droit international -, Catherine Le Magueresse ouvre des pistes pour que les victimes soient entendues et reconnues et pour éviter que des failles dans les textes permettent aux agresseurs de fuir leur responsabilité ; ainsi entre autres, elle développe et défend l’idée du consentement positif qui permet d’inverser la charge de la preuve : le mis en cause doit prouver qu’il s’est assuré du consentement. Les propositions que portent l’autrice, juriste et Docteure en droit, prennent aussi racine dans une longue pratique des tribunaux et d’accompagnement des victimes. Pour rappel : « 1% seulement des viols déclarés par les femmes dans les enquêtes de victimation donne lieu à une condamnation en justice ». Dans un dernier chapitre, elle s’attaque au consentement à l’activité sexuelle des mineur-es, et la conclusion magistrale élargit, entre autres, sur la culture porno en pleine croissance et l’intérêt-et-les-limites du droit. Je vous invite à lire cet ouvrage – riche, pointu et très clair ; tout comme celui de Suzanne Zaccour, La fabrique du viol, lui aussi indispensable.]

Le gouvernement avait annoncé un interdit clair : les majeurs ne pourraient plus « avoir » une activité sexuelle avec une personne mineure de moins de 15 ans (ou de moins de 18 ans en cas d’inceste). Nous y avons cru. Et nous sommes trahi·es: le texte en cours de discussion parlementaire maintient le droit des agresseurs. Appel aux sénateurs et sénatrices.

Le 23 mars 2021

Le Sénat est appelé à se prononcer, en seconde lecture, sur la proposition de loi visant à protéger les mineurs des crimes et délits sexuels et de l’inceste, dite « PPL Billon ». Ce texte (n°447) examiné en commission des lois mardi 23 mars, sera soumis au vote des sénateur·trices jeudi 25 mars.

Ce calendrier, extrêmement serré, laisse peu de temps pour un débat citoyen alors même que le texte comporte un certain nombre de dangers et d’absurdités. Il est donc impératif de le modifier.

Dans ce contexte, et pour parer au plus urgent, nous concentrerons notre analyse critique sur l’article 1er de la PPL.

Tout en faisant nôtre l’analyse pertinente de la PPL par l’association « Face à l’inceste », nous voulons étendre notre critique à la prise en compte des violences sexuelles par le droit car c’est toute la cohérence de la répression des violences sexuelles qui pose aujourd’hui question.

I. L’objectif affiché de la PPL : « protéger les mineur·es des crimes et délits sexuels et de l’inceste »

En 2017, l’affaire de Pontoise fut un électrochoc pour nombre de français·es qui avaient alors découvert que notre Code pénal ne garantit guère les droits des mineur·es en cas de violences sexuelles : les enfants se voient appliquer la même définition du viol (ou de l’agression sexuelle) que celle applicable aux victimes adultes : comme eux, les enfants ont à prouver, en plus de la pénétration sexuelle endurée, que l’agresseur a eu recours à une « violence, contrainte, menace ou surprise » (les VCMS dans la suite de ce texte).

Pour mieux « protéger les mineur·es », il s’agit donc aujourd’hui de poser – à l’instar de nombreux autres pays – un interdit légal prohibant tout contact sexuel entre un·e majeur·e et un·e mineur·e de 15 ans, ou de 18 ans en cas d’inceste. Cette avancée majeure est toutefois fortement compromise par plusieurs amendements déposés par le gouvernement ou par des député·es.

II. Un projet dévoyé par le gouvernement

Par un amendement (n°CL76) déposé en commission des lois par le gouvernement et défendu par le ministre de la justice Eric Dupond-Moretti, il est introduit une exception de taille à l’interdit légal posé : il s’appliquera seulement si la victime et l’agresseur ont au moins cinq ans d’écart d’âge.

Selon l’exposé de cet amendement, « Les définitions de ces nouvelles infractions doivent respecter les exigences constitutionnelles, à savoir les principes de légalité, de nécessité et de proportionnalité, ce qui implique qu’on ne peut pénaliser les amours adolescentes, et donc impose de prévoir un écart d’âge entre l’auteur et sa victime, qui existe du reste dans de nombreuses législations étrangères pour appliquer les nouvelles incriminations. Il est proposé de fixer cet écart à cinq ans. »

Tout au long des débats devant l’Assemblée nationale, le ministre de la justice s’est posé en défenseur des « amours adolescentes » et a invoqué le principe de proportionnalité pour justifier cet écart d’âge.

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Osez le féminisme ! Communiqué de presse : La justice complice du sexisme d’Etat !

La justice complice du sexisme d’Etat ! 

par Osez le féminisme !   (appel à don en fin de communiqué)

Lundi 18 janvier 2021, la justice a rejeté notre appel estimant que la mairie de Béziers n’avait eu, avec ses affiches banalisant les violences contre les femmes, “aucun message à connotation sexiste”… comme dans l’affaire de Dannemarie. Le fait que ces images, qui renforcent les stéréotypes sexistes et les violences contre les femmes, soient promues par des institutions publiques est encore plus révoltant, et contraire au principe constitutionnel d’égalité femmes-hommes qu’elles sont censées défendre. Nous irons en Cour de Cassation pour demander justice !
Les représentations sexistes dans l’espace public portent atteinte à notre dignité, elles créent un environnement hostile, elles ancrent et naturalisent les stéréotypes et participent au continuum des violences ! L’image des femmes revêt un enjeu politique fondamental et conditionne l’égalité réelle.

L’image sexiste des femmes est souvent exploitée à des fins mercantiles. Encore plus inacceptable, les stéréotypes sexistes sont parfois exploités par des maires, agent.es de l’Etat, à des fins de communication publique. On peut parler de sexisme d’Etat. De nombreux exemples peuvent être cités, mais les associations féministes ont décidé de réagir plus particulièrement contre deux campagnes de communication de 2017 :

La Commune de Dannemarie, une institution publique donc, avait planté en 2017 dans toute la ville des silhouettes de femmes, hypersexualisées, dans des postures empruntées à la pornographie. Elles étaient couchées dans des positions lascives, cuisses écartées, toutes extrêmement minces. Elles s’adonnaient à des activités telles que le shopping, le striptease, le retrait de maillot ou le léchage de babines. Ces silhouettes présentaient aussi des femmes par les parties sexualisées de leurs corps ou en les symbolisant par des objets stéréotypés, comme la chaussure à talon.

A Béziers, le maire avait banalisé et instrumentalisé deux féminicides dans les campagnes incriminées. Dans un cas, une femme était étranglée par un homme, dans l’autre elle était maintenue sur les rails d’un train à l’approche.

Nos associations ont donc saisi le juge administratif et invoqué notamment la violation du principe de dignité humaine et le principe à valeur constitutionnelle d’égalité entre les femmes et les hommes. Elles ont argumenté que les maires et l’Etat ne jouissent pas de la liberté d’expression (et a fortiori à la provocation) au même titre que les citoyen.nes ou la presse. Au contraire, les institutions publiques doivent activement œuvrer à l’égalité femmes-hommes et donner l’exemple. Nous refusons qu’une institution publique montre aux femmes et aux petites filles une projection caricaturale de ce qu’une société patriarcale attend d’elles, ou banalise les violences contre elles. À quoi servent toutes les actions menées par les politiques publiques contre le sexisme et les stéréotypes, si une ville peut décider d’aller à contre sens dans ses communications officielles ?

Malheureusement, pour Dannemarie en octobre 2020, et pour Béziers le 18 janvier 2021, les requêtes des associations ont été rejetées, même en appel, par l’unique motif péremptoire que les campagnes ne seraient pas sexistes selon les magistrats ! 

Alors que la société se réveille suite à la vague Meetoo et initie une révolution des consciences, alors que les nouvelles générations reprennent les luttes féministes anciennes et affirment l’importance de dire, de nommer, de dénoncer les violences contre les femmes et les enfants disséminées partout dans la société, la justice quant à elle reste sourde… elle se braque et, ce faisant, rompt avec la société !

Pire, alors que les institutions internationales, l’ONU, le Conseil de l’Europe s’efforcent de faire de la lutte contre le sexsime une priorité absolue, conscientes des incidences et des répercussions majeures qu’elles ont, les juridictions administratives, garantes de l’Etat de droit, résistent !

Le Conseil de l’Europe a pourtant précisé le sens juridique du sexisme au terme d’une recommandation de 2019 qu’il considère comme une discrimination faite aux femmes. Il insiste sur le concept de « continuum des violences », à savoir que la violence symbolique (image de violence contre les femmes diffusée et banalisée par la culture et la communication) facilite et fait le terreau des agissements sexistes : violences notamment. Ainsi la recommandation précise que : “Notant que le sexisme constitue une entrave à l’émancipation des femmes et des filles, qui sont affectées de manière disproportionnée par les comportements sexistes; et notant également que les stéréotypes et préjugés de genre intrinsèques façonnent les normes, le comportement et les attentes des hommes et des garçons, et sont ainsi à l’origine des agissements sexistes”

En dépit de ces affirmations claires, les juges restent dans le déni, assènent des poncifs archaïques, valident le sexisme d’Etat et les privilèges d’un temps révolu.

L’Etat de droit ne doit pas oublier 50% de l’humanité ! Le sexisme est grave et mortel, il est contraire à la constitution, il est contraire à notre socle de valeurs et de droits !

NOUS CONTINUERONS À LUTTER CONTRE LE SEXISME ET CONTRE LES VIOLENCES MASCULINES

Nous réclamons l’instauration d’une loi anti-sexiste qui permettrait d’empêcher l’affichage dans l’espace public d’images faisant l’apologie des violences faites contre les femmes, et constituant un appel à la haine et au meurtre des femmes… En 2019, 152 femmes sont mortes tuées par leur conjoint ou ex-conjoint !

Nous continuerons à nous mobiliser. Dans l’affaire de Dannemarie, comme dans celle de Béziers, nous irons en Cassation devant le Conseil d’Etat, pour que le sexisme d’Etat cesse et que le principe d’Égalité entre les femmes et les hommes, consacré dans le marbre de la constitution, ne restent pas un droit théorique. 

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« Francine Sporenda : Survivre à la prostitution » (note de lecture par Claudine Legardinier)

[Note de lecture de Claudine Legardinier sur l’ouvrage de Francine Sporenda : Survivre à la prostitution – Les voix qu’on ne veut pas entendre, témoignages

Cette note est tirée du n°205 de la revue trimestrielle du Mouvement du Nid, Prostitution et Société

L’ouvrage de Claudine Legardinier sur le système prostitutionnel, Prostitution : une guerre contre les femmes, est lui aussi indispensable.]

M Editeur, Québec. Parution en France en novembre 2020

 

Francine Sporenda a longtemps été la femme de l’ombre. Elle recueillait les paroles des autres : femmes prostituées ou sortant de prostitution, intellectuelles, militantes que la question de la prostitution prenait à la gorge, comme elle.

La force de la matière collectée, cette parole explosive que personne ne veut entendre, mais aussi le caractère politique du sujet, ont fini par la pousser à rassembler, en un seul livre de trois cents pages, la somme de son travail d’intervieweuse. La parole des premières concernées y occupe une place centrale : une parole sans filtre, une dénonciation magistrale des réalités de cette activité qui reste pourtant parée, dans la société, des dehors affriolants du fantasme. Au détour des pages, on retrouve d’ailleurs Rosen Hicher et Laurence Noëlle, les deux fondatrices du mouvement français des Survivantes ; et des femmes de plusieurs pays, dont certaines jetées dans la prostitution dès l’âge de 11 ou 12 ans.

Leurs mots sont leur force

Pour dire les ficelles du proxénétisme qui poussent à y entrer, les difficultés qui retiennent d’en sortir, leurs mots sont leur force. Continuer à lire « Francine Sporenda : Survivre à la prostitution » (note de lecture par Claudine Legardinier)

#JusticepourJulie par Osez le féminisme !

http://osezlefeminisme.fr/

#JusticepourJulie : Refus par la justice de requalifier en viols les violences sexuelles criminelles commises par 20 pompiers contre Julie. 

Ça vous indigne ? Alors interpellez le gouvernement pour dénoncer la justice patriarcale.

Julie[1] avait 13 ans lorsque les violences sexuelles ont commencé. Elle était sous lourd traitement médicamenteux et faisait des crises de tétanie justifiant l’intervention de pompiers à son école. Ces derniers étaient donc au courant de son âge, de son traitement, de son état de santé et de sa vulnérabilité. Elle a été violée en série et parfois en réunion pendant 2 ans, jusque dans l’hôpital pédopsychiatrique dont elle était patiente. L’instruction a duré 10 ans, 10 ans au cours desquels les pompiers militaires ont continué leur vie tranquillement, 10 ans au cours desquels Julie, au fond du désespoir, a fini par faire des tentatives de suicide. Sur les 20 pompiers ayant violé Julie, 17 ne sont même pas mis en examen. 3 sont poursuivis pour « atteinte sexuelle ».

Cette affaire scandaleuse vient seulement quelques jours après la décision de la Cour de cassation[2] du 14 Octobre 2020 qui valide l’utilisation du critère de la profondeur de la pénétration pour déterminer si le fait pour un homme de lécher le sexe de sa belle-fille constitue ou non un viol, alors même que la loi ne mentionne en aucun cas ce critère.

Si, aujourd’hui, ces enfants ne sont pas reconnues par la justice française comme des victimes de viols, alors qu’est ce qu’un viol ? Le viol existe-t-il seulement en droit ? Ou bien les critères pour le qualifier sont-ils si restrictifs qu’ils excluent 99 pourcent des situations vécues par les victimes ? Et si tel est le cas, peut-on encore parler de justice ?

Les plaintes pour violences sexuelles augmentent[3], mais la justice, elle, ne suit pas. Alors que le nombre de condamnations pour viol a chuté de 40 pourcent en 10 ans[4], l’impunité reste tristement la règle. D’après le Haut Conseil à l’Egalité Femmes-Hommes, environ 1 victime de viol sur 10 porte plainte et seule 1 plainte sur 10 aboutit à une condamnation, soit 1 pourcent.

L’impunité est encore plus forte en matière de viols sur mineur.es où cette fois, 0,3 pourcent des viols font l’objet d’un procès aux assises[5]. L’un des moyens utilisés par la justice pour nier l’existence des viols sur mineur.e.s est de ne pas tenir compte de leur parole en partant du principe qu’il n’est pas possible de s’y fier. Il est fréquent que l’enfant victime ne soit pas entendue en procédure Mélanie (audition filmée en présence d’un pédopsychiatre) ou bien qu’aucun examen ne soit effectué par un.e légiste. Tout un arsenal existe pour nier la parole des enfants victimes : le syndrome des faux souvenirs, le syndrome d’aliénation parentale, le concept de conflit parental… Ces théories servent de protection aux pédocriminels.

En France, la pédocriminalité est protégée de manière institutionnelle et systémique. Il est demandé aux filles et aux femmes de faire confiance en un système qui ne fonctionne pas, un système qui trahit les victimes et protège les agresseurs. Il faut que cela cesse !

Osez le Féminisme ! réclame  :

  • L’instauration d’un seuil d’âge en dessous duquel un.e enfant est présumé-e ne pas avoir consenti à une relation sexuelle avec un majeur. 
  • Le renforcement de la protection des mineur.e.s contre l’inceste en prévoyant qu’un acte sexuel commis sur un.e mineur.e par une personne ayant autorité parentale est présumé ne pas avoir été consenti.
  • La redéfinition du viol dans le Code Pénal en adéquation avec la Convention d’Istanbul ratifiée par la France mis non respectée[6]. La définition du viol doit se placer du point de vue des victimes et non plus des agresseurs. Ce qui compte, c’est l’absence ou la présence d’un consentement libre et positif, non pas l’intention de l’agresseur ou la profondeur de la pénétration.

Il est grand temps que soient reconnues les conséquences terribles du viol et de la pédocriminalité sur des centaines de milliers de filles et de femmes qui, dans 99 pourcent des cas, n’obtiendront jamais justice ; parce qu’elles auront trop peur de porter plainte ou qu’elles le feront après les délais de prescription, parce que les crimes qu’elles ont subis seront déqualifiés, parce qu’elles seront considérées comme consentantes selon des critères irréalistes, parce que leurs plaintes seront classées sans suite ou qu’un non-lieu sera prononcé, parce que leur parole ne sera pas entendue ou pas crue ou pas suffisamment prise au sérieux. Parce qu’en France, en 2020, il y a toujours un permis de violer. #JusticepourJulie #JusticepourL

Il est grand temps que le système judiciaire et la société toute entière prennent la mesure de leurs responsabilités et corrigent un système coupable.  

Continuer à lire #JusticepourJulie par Osez le féminisme !

Comment les mères sont détruites quand elles essaient de protéger leurs enfants

Par Phyllis Chesler, The Huffington Post, 19/05/2016

Assommée de coups, étranglée jusqu’à perdre connaissance, encore et encore, les os brisés plusieurs fois consécutives, Holly Collins, une mère états-unienne, n’a trouvé ni justice ni protection au Minnesota. Elle a perdu la garde des deux enfants qu’elle essayait de protéger si difficilement de la rage et des coups de leur père. Quand elle a compris que ses enfants ne survivraient pas une semaine de plus – ou même un jour de plus – elle s’est enfuie avec eux et a obtenu l’asile politique en Hollande. Un documentaire émouvant raconte son histoire.

Collins fut la première maman états-unienne, et la seule pour l’instant, à avoir fait cela.

D’autres mères « protectrices » passent à l’action, par exemple la Dre Elizabeth Morgan qui a réussi à faire s’échapper ses parents et sa fille vers la Nouvelle-Zélande, pays avec lequel les États-Unis n’ont pas d’accords d’extradition. La Dre Morgan est restée emprisonnée à Washington pendant plus d’un an parce qu’elle refusait de révéler où se trouvait sa fille. J’ai personnellement interrogé les psychiatres s’occupant de l’enfant ; ils m’ont assurée que, pour eux, sa fille était bel et bien sexuellement agressée par son père.

Ces affaires ont eu lieu à la fin des années 80 et au milieu des années 90. Cela peut-il encore arriver aujourd’hui ?

Selon les mères « protectrices » et leurs soutiens légaux et médicaux, entendu.e.s durant la Conférence sur les décisions de garde d’enfants pour les mères battues – en mai 1996 à Albany (New York) – ces situations critiques vont en s’aggravant. Si une mère battue se trouve aux prises avec un conflit pour la garde d’un.e enfant, son avocat doit, stratégiquement, lui conseiller de ne pas parler de la violence familiale ; si elle le fait, elle court tous les risques d’en perdre la garde. Et de surcroît, si elle sait que son enfant est également psychologiquement terrorisé.e, battu.e, et peut-être sexuellement agressé.e, il est quasi certain qu’elle en perdra la garde si elle ose en parler. Elle sera perçue comme une « mère aliénante », une menteuse folle et rancunière.

Analysons cette situation inextricable, cette double voire triple ou quadruple contrainte.

La réalisatrice Rachel Meyrick travaille actuellement à un documentaire sur des mères états-uniennes battues qui ont perdu la garde de leurs enfants. Les témoignages recueillis sont sidérants et fendent le cœur. La bande-annonce de ce film est visible ici et, si vous êtes touché.e et impressionné.e autant que je l’ai été, vous pouvez soutenir ses efforts à terminer le film suffisamment vite pour qu’il puisse intégrer à temps la sélection du prochain Festival du film Sundance.

À la Conférence sur les décisions de garde d’enfants pour les mères battues, nous avons beaucoup appris des mères protectrices battues et de leurs soutiens. Ces mères sont courageuses, fortes, frustrées, scandalisées et découragées par la lenteur glaciale (si ce n’est la stagnation) de leur dossier et par l’absence continuelle de justice pour les mères battues et leurs enfants. Certaines mères ont grandi dans la pauvreté, d’autres dans le confort ; certaines ont été victimes d’inceste ou ont subi une violence énorme au cours de leur enfance. Certaines ont épousé des hommes « plutôt gentils » qui se sont avérés être des sociopathes sadiques et manipulateurs. Continuer à lire Comment les mères sont détruites quand elles essaient de protéger leurs enfants

Robert Jensen : La masculinité : est-elle toxique, saine ou humaine ?

Par Robert Jensen, sur Good Men’s Project / 2 décembre 2019

L’attention accrue portée à la violence des hommes à l’égard des femmes a mis en lumière non seulement le viol et le harcèlement sexuel, mais aussi les éléments culturels qui suscitent de tels comportements. Bien que seule une mince fraction des hommes enfreignent ouvertement la loi, beaucoup d’hommes adoptent des formes moins flagrantes d’actes agressifs et coercitifs qui blessent des femmes et minent leurs droits, et encore plus d’hommes agissent en spectateurs réticents à contester la violence de leurs congénères.

Cette conversation tourne souvent autour de la critique de la « masculinité toxique » et de la recherche d’une « saine masculinité », ce qui a l’avantage de jeter sur ces formes d’agressions un éclairage nécessaire. Mais nous devrions nous méfier de la façon dont ces phrases peuvent limiter notre compréhension des phénomènes et en venir à renforcer le patriarcat.

Je propose de remplacer l’expression « masculinité toxique » par celle de « masculinité dans le patriarcat », pour attirer l’attention sur le système dont émergent des problèmes. Continuer à lire Robert Jensen : La masculinité : est-elle toxique, saine ou humaine ?

« La responsabilité institutionnelle dans la mise en danger des enfants » par Le Réseau International des Mères en Lutte

(extrait du power point de Patrizia Romito, photographie réalisée à Ottawa le 11 avril 2017)

Les violences conjugales post-séparation sont de la même nature que les violences conjugales. Selon  la Professeure italienne Patrizia Romito, « il s’agit d’un ensemble de comportements caractérisé par la volonté de domination et de contrôle d’un partenaire sur l’autre, qui peuvent inclure brutalités physiques et sexuelles, abus psychologiques, menaces, contrôles, grande jalousie, isolement de la femme ainsi que l’utilisation des enfants à ces fins ».

Elle précise que les motivations à ces violences peuvent être regroupées en trois catégories : les représailles et la vengeance, le rétablissement de la situation de pouvoir et de contrôle, la tentative de forcer une réconciliation qui permet le rétablissement du contrôle. Les violences conjugales post-séparation affectent un nombre important de femmes et d’enfants et la séparation représente un risque accru de dangerosité.

De fait une absence de repérage des situations à risques ainsi qu’une mauvaise décision en matière de justice aux affaires familiales peuvent avoir des conséquences dramatiques, allant du transfert de résidence des enfants chez le parent violent, aux meurtres des femmes et des enfants.

Les violences létales après la séparation : tuer les enfants pour punir la mère

En Grande-Bretagne, l’analyse par Hilary Saunders de la situation de 29 enfants qui ont été tués par leur père après la séparation montre que ces homicides avaient eu lieu dans un contexte de négociations très conflictuelles entre les parents pour la garde des enfants ou le droit de visite. Dans les 13 familles analysées, la quasi totalité des mères avaient subi des violences conjugales. Pourtant le tribunal les avait obligées à accepter des contacts entre le père et les enfants.

Au Canada, lors du colloque Perspectives internationales sur la violence post-séparation organisé par FemAnVi, les 11 et 12 avril 2017, Patrizia Romito a illustré la responsabilité institutionnelle dans ces meurtres. Elle est notamment revenue sur la mort de Federiko Barakat en Italie.

Le 25 février 2009, ce petit garçon de huit ans est tué par son père dans les locaux des services sociaux de San Donato Milanese. Suite à la séparation qui intervient après des violences conjugales, sa mère Antonella Penati cherche à mettre en sécurité l’enfant mais elle est accusée d’aliénation parentale. Des contacts sont alors ordonnés et mis en place pour rétablir le lien entre le père et l’enfant. Le père tue Federiko lors d’une visite supervisée avec une arme à feu, puis s’acharne sur l’enfant en le frappant de plusieurs coups de couteau, avant de se suicider.

En Espagne, sur une période de 7 années, 29 enfants ont été tués par leur père pour se venger de leur mère. Ces meurtres sont comptabilisés à partir de 2013, puisque ces victimes sont considérés comme des victimes de violence de genre dans les statistiques officielles.

Dans une récente interview, le professeur en médecine légale à l’université de Grenade , Miguel Lorente Acosta, revient sur le cas des enfants tués. Il déplore qu’une personne condamnée avec injonction contre son ex- femme ou ex-conjointe puisse encore continuer à avoir accès aux enfants. Puis il ajoute :

« Un agresseur ne peut jamais être un bon père. Ils ont appris qu’il y a un moyen de faire encore plus de mal avec la mort des enfants. » Continuer à lire « La responsabilité institutionnelle dans la mise en danger des enfants » par Le Réseau International des Mères en Lutte

Être « allié des féministes »

[J’ai été invité à l’Université des femmes de Bruxelles le 14 mars dernier pour participer à la table-ronde « Abattre la maison du maître avec ses outils ? Autodéfense et transgression », dans le séminaire « Violences et oppression des femmes : stratégies des institutions et revendications féministes ». Voici plus bas la version écrite de mon intervention. Elle devrait être publiée dans l’année 2020 dans la collection « Pensées féministes » de l’Université des femmes. L’article en PDF est dispo ici : interv’-Bruxelles

Yeun Lagadeuc-Ygouf] (mise à jour le 26-03-2019)

 

Être « allié des féministes ».

Je remercie vivement les organisatrices de m’avoir invité pour intervenir sur mon travail d’ « allié ». L’invitation a été une surprise pour moi car je produis très peu en termes d’écriture. C’est pour moi un honneur d’être considéré par vous comme un allié ; même si je n’ai pas la prétention de me penser indemne de sexisme.

Quand bien même j’essaye de travailler contre le pouvoir des hommes sur les femmes, j’en bénéficie, voire même hélas j’ai exercé ce pouvoir et je peux toujours l’exercer involontairement. Je suis convaincu d’avoir à questionner toujours ma position d’homme. Je considère donc mon engagement comme acrobatique et délicat, mais néanmoins nécessaire. J’y reviendrai. Je précise quand même que cette tension entre le fait d’être un dominant et votre qualificatif d’ « allié » a pour effet d’attiser mes efforts et mes exigences.

On m’a demandé d’intervenir pour parler de mes activités et d’expliciter ma démarche. Je vais donc faire des développements sur mon implication en tant qu’« auxiliaire des féministes » (Dupuis-Déri, 2014) au sein d’une association féministe rennaise, qui hélas n’existe plus, Questions d’égalité ; mon implication dans la collective de traduction Tradfem ; et la tenue de mon blog Scènes de l’avis quotidien. Donc, même si le féminisme influence ma manière de vivre et ma manière d’appréhender mon métier, je ne vais pas faire de développement à ce sujet. Je vais me concentrer sur mes activités qui, je le précise dès maintenant, ne s’attachent pas à une thématique particulière comme la prostitution ou les politiques antiféministes. Mes activités consistent en gros en de la propagande, de l’agitation politique et de l’appui aux initiatives féministes. Dans mon intervention, je vais les replacer au préalable dans un cadre plus large concernant l’engagement des hommes sur les questions féministes.

Je ne suis ni formateur, ni professeur d’université, mon métier est celui d’aide-soignant. Mon quotidien professionnel est dans des relations inter-individuelles, d’attention et d’écoute. Et malgré un parcours « militant » et un court passage à l’université qui me sont utiles ici, je me lance dans le « challenge » d’intervenir car je considère comme une obligation politique que d’essayer de répondre aux demandes des féministes.

Je suis persuadé que tout homme qui remet en question sa place dans le patriarcat et cherche à faire changer la structure sociale doit s’habituer à sortir de son propre confort. illustration1L’inconfort de l’engagement proféministe a plusieurs dimensions mais il est bien évidemment mineur et ridicule pour les questions qui nous concernent ; à savoir les conditions de vie des femmes, qui rappelons-le consistent en de l’exploitation domestique, salariale, sexuelle, des violences, entre autres sexuelles, ou des meurtres. Ça ne se résout pas avec quelques politiciens qui, pour exprimer leur solidarité à une journée de luttes féministes, posent et « transgressent le genre » sur une affiche avec du rouge à lèvres.[1] Continuer à lire Être « allié des féministes »

En finir avec la culture du viol – un livre de Noémie Renard

Un livre à lire.

Préface de Michelle Perrot, historienne et professeure émérite d’histoire contemporaine à l’université Paris-Diderot :
« Ce livre paraît au bon moment. D’une actualité brûlante, il propose une réflexion fondamentale pour nourrir les débats qui parcourent notre société. »

En France, chaque année, entre 60 000 et 100 000 femmes sont victimes de viol ou de tentative de viol. Environ 16 % des Françaises ont subi une telle agression au cours de leur vie. Et les viols ne représentent que la partie émergée d’un iceberg : celui des violences sexuelles. Chaque jour, que ce soit à la maison, au travail ou dans la rue, des femmes sont agressées sexuellement ou harcelées. Ces violences ont des conséquences graves : elles minent la confiance et limitent la liberté par la peur qu’elles instaurent. Elles constituent une atteinte aux droits et à la dignité des personnes et consolident la domination masculine. Continuer à lire En finir avec la culture du viol – un livre de Noémie Renard

Pour une grammaire non sexiste

Alors que l’Etat par la voix de son premier ministre souhaite « clore la polémique » sur l’écriture inclusive, en la balayant, je signale la publication prochaine de cet ouvrage de Mickaël Lessard & Suzanne Zaccour : Manuel de grammaire non sexiste – le masculin ne l’emporte plus !    Je relaye ensuite par la même occasion 2 textes à ce sujet.

 

 

 

 

« Nous n’enseignerons plus que  » le masculin l’emporte sur le féminin  » » – et la Pétition

[Tribune] 314 membres du corps professoral de tous niveaux et tous publics, enseignant la langue française ou ayant à corriger des copies ou autres textes rédigés dans cette langue, s’engagent à ne plus enseigner la règle de grammaire résumée par la formule « le masculin l’emporte sur le féminin ».

Nous, enseignantes et enseignants du primaire, du secondaire, du supérieur et du français langue étrangère, déclarons avoir cessé ou nous apprêter à cesser d’enseigner la règle de grammaire résumée par la formule « Le masculin l’emporte sur le féminin ».

Trois raisons fondent notre décision :

  • La première est que cette règle est récente dans l’histoire de la langue française, et qu’elle n’est pas nécessaire. Elle a été mise au point au XVIIe siècle. Auparavant, les accords se faisaient au gré de chacun·e, comme c’était le cas en latin et comme c’est encore souvent le cas dans les autres langues romanes.

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Les autres hommes par John Stoltenberg

[L’article qui suit est tiré du livre Refuser d’être un homme – pour en finir avec la virilité de John Stoltenberg.]

Certains d’entre nous sont les autres hommes dont certains d’entre nous se méfient  beaucoup. Certains d’entre nous sont les autres hommes auxquels certains d’entre nous ne font pas confiance. Pourtant, certains d’entre nous sont les autres hommes que certains d’entre nous veulent approcher et côtoyer. Certains d’entre nous sont les autres hommes que certains d’entre nous rêvent d’embrasser.

Le monde des autres hommes est un monde dans lequel nous vivons derrière une barrière – parce que notre sécurité l’exige, parce que nous comprenons qu’il y a quelque chose chez les autres hommes dont nous savons qu’il faut nous protéger. Le monde des autres hommes est aussi un monde dans lequel nous savons que nous sommes évalués par d’autres hommes, jugés par eux et parfois menacés par eux. Le monde des autres hommes peut être, nous le savons, un endroit inquiétant et dangereux.

Je suis obsédé par les autres hommes depuis très longtemps. J’ai vécu plusieurs années de ma vie à me torturer à propos de mon sentiment de différence vis-à-vis des autres hommes. J’ai voulu plus que tout ressembler aux autres hommes, au-delà même de mes espérances. En même temps, j’ai nourri une terreur à propos des autres hommes : j’ai eu peur qu’ils ne soient pas dupes de mes tentatives d’agir en homme, peur de ne pas être à la hauteur, de ne pas trouver ma place, de ne pas assurer. Beaucoup d’hommes avec qui je parle sont aussi, de diverses façons, obsédés par les autres hommes. Nous n’en parlons pas facilement ; nous n’avons pas vraiment les mots pour cela. Mais le problème est toujours là, en nous et entre nous : de quelle façon se construit-on une identité dans nos relations avec les autres hommes ? Quels sont les arrangements et les gratifications que l’on s’octroie, selon le score que l’on se donne sur une échelle imaginaire de masculinité ? Si vous pensez avoir un score relativement élevé, ou relativement bas, vous faites certains choix de vie, vous choisissez le meilleur lot à tirer de la quantité de virilité que vous croyez posséder. Et toujours, les autres hommes constituent la mesure de l’homme que vous tentez d’être.

En tant qu’individus et en tant que mouvement d’hommes proféministes, nous avons besoin de comprendre la nature de ce problème – pourquoi le problème est celui-là et comment y réfléchir pour pouvoir le résoudre dans nos vies.

La nature du problème

Une des raisons pour lesquelles j’ai commencé à me passionner à tel point pour le féminisme radical est qu’il semblait résoudre pour moi un dilemme au sujet de ma relation aux autres hommes. Continuer à lire Les autres hommes par John Stoltenberg

Encore plus d’inégalités et de risques pour les femmes et les enfants victimes de violences

Contre la proposition de loi relative à l’autorité parentale et à l’intérêt de l’enfant N°1856

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Est-ce une méconnaissance de la situation des victimes de violences conjugales ou les enfants victimes de violences intra familiales? Nous ne savons plus quoi penser des propositions législatives qui se penchent sur le sort des familles séparées. Une fois encore, ce texte a été rédigé dans la rapidité, (déposé le 1er avril, il sera examiné en première lecture à l’Assemblée Nationale le 19 mai), sans prendre en compte les urgences de terrain rapportées par les associations féministes depuis des années maintenant, et sans prioriser les garde-fous pour les victimes de violences conjugales et leurs enfants.


Les associations signataires, indiquent leur ferme opposition au texte proposé par les député-e-s Bruno LE ROUX, Marie-Anne CHAPDELAINE, Erwann BINET, Barbara POMPILI, François de RUGY, Véronique MASSONNEAU, et l’ont fait savoir lors de récentes audiences, ainsi qu’au Ministère des Droits des Femmes, au Secrétariat d’Etat à la famille et à la Délégation des Droits des Femmes à l’Assemblée Nationale.fnsf-logo3919-small


Nous demandons à Mesdames et Messieurs les Sénatrices et Sénateurs , à Mesdames et Messieurs les député-e-s et au gouvernement de ne pas acter ce texte qui est contraire aux préconisations de la Convention d’Istanbul (Convention du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique) que la France est en passe de ratifier. Il vient en particulier en contradiction avec son article 31 qui préconise une législation plus protectrice pour les victimes de violences au sein des couples et leurs enfants.
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Prendre le Droit : Sous-tenez / adhérez à nos combats féministes !

Prendre le Droit – Féministes pour un monde sans viol[s]*est une association indépendante qui a pour champ d’action et de réflexion la lutte contre les violences masculines exercées à l’encontre des femmes.

Elle dénonce et combat en priorité les violences « sexuelles » en puisant dans les compétences, savoir-faire, analyses et outils conçus ou inspirés par le mouvement féministe. Les moyens de ce combat sont notamment :

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La mise à nu du caractère patriarcal du droit français et la critique du traitement judiciaire des violences masculines exercées à l’encontre des femmes

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L’intervention aux côtés des victimes, majeures et mineures, quel que soit leur sexe

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La sensibilisation, la formation, le transfert et l’échange de compétences et savoir-faire sur l’accueil et l’accompagnement des victimes de violences « sexuelles » avec les professionnel.les concerné.es

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La sensibilisation au respect du désir et de la volonté de sa/son partenaire et de soi-même.

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* Englobe ici toute forme d’atteintes physiques et psychiques à caractère sexuel même sans pénétration

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Prendre le droit est une association résolument féministe qui lutte contre le violarcat, système de domination exercé par les hommes en soumettant les femmes et les enfants aux violences « sexuelles ».

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Démystifier le Mouvement de Défense Des Hommes

[La traduction suivante a été effectuée par la collective Tradfem, avec l’autorisation de l’auteur, Owen Lloyd. Afin d’exporter la pertinence de son texte à la France, Tradfem a ajouté des données dans les notes de bas de pages.]

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Les militants des droits des hommes: Des hommes qui se plaignent de problèmes causés par d'autres hommes et qui rejettent la responsabilité sur le féminisme d'une façon ou d'une autre.
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Ce qui suit est une réponse à une liste de propos et arguments classiques présentés par les activistes des droits des hommes.

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    1 . LE SUICIDE : le taux de suicide des hommes est 4,6 fois plus élevé que celui des femmes. [26 710 hommes pour 5 700 femmes, selon le Département Health & Human Services]

Ce n’est pas faute d’avoir essayé : les femmes tentent de se suicider trois fois plus souvent que les hommes 1. Les chercheur-es ont constaté que la socialisation différente des sexes est l’explication la plus pertinente du succès relatif des hommes dans leurs tentatives de suicide. Aux États-Unis par exemple, il a été démontré que les tentatives de suicide non-abouties sont considérées comme « féminines » alors que les réussites sont considérées comme masculines. En d’autres termes, la peur d’être étiqueté « féminin » ou « faible » dans une culture de suprématie masculine encourage les hommes à s’assurer que leurs tentatives aboutissent2. La statistique donnée ici masque aussi que beaucoup de ces « suicides » étaient en fait des meurtres-suicides. Aux États-Unis, on estime que 1.000 à 1.500 personnes meurent dans des attaques-suicides de ce genre chaque année3. Plus de quatre-vingt dix pour cent des criminels sont des hommes ; presque toutes les victimes sont des femmes4.

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    2 . L’ESPÉRANCE DE VIE : l’espérance de vie des hommes est de 7 ans inférieure à celle des femmes [les hommes : 72,3 ans ; les femmes : 79 ans, selon le National Center for Health Statistics], et ils reçoivent seulement 35 % des dépenses publiques de soins et de frais médicaux.

Voilà une curieuse déclaration. Si les femmes vivent 7 ans de plus que les hommes, il devrait être évident qu’elles reçoivent plus d’aide de soins : car les personnes les plus âgées sont celles qui ont le plus besoin d’être prises en charge par la collectivité, et les personnes les plus âgées sont majoritairement des femmes. Par ailleurs, le secteur des assurances fait payer chaque année 1 milliard de dollars de plus aux femmes pour accéder à l’assurance maladie, pour les mêmes niveaux de couverture que ceux reçus par les hommes5, et jusqu’à 53 % de plus pour le même régime de protection individuelle6, malgré une meilleure santé globale des femmes, et en dépit du fait que leur revenu est 23 % inférieur à celui des hommes7.

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    3 . LA GUERRE : les hommes sont quasi-exclusivement les seules victimes des guerres. [Les pertes au Vietnam : 47 369 hommes contre 74 femmes, selon le Département Défense]

La première chose à dire, c’est que si les appelés envoyés dans les guerres d’agressions impériales peuvent être parfaitement appelés « victimes », ils sont alors victimes de ceux qui sont responsables des guerres dans lesquelles ils se sont battus. Et ceux qui sont responsables sont des hommes. Tous les présidents et vice-présidents ont été des hommes. Tous les membres du bureau de l’état major ont été des hommes. Les deux branches du Congrès ont toujours été dominées par les hommes. Les sondages réalisés depuis le Vietnam montrent que ce sont les hommes qui ont soutenu ces derniers pour entrer en guerre, et qu’ils sont les plus enclins à soutenir les guerres en cours8. A chaque niveau d’analyse, ce sont des hommes qui sont responsables des guerres, et blâmer de quelque manière les femmes pour les morts au front est non seulement ridicule, mais aussi insensé. Si nous voulons mettre fin à ces morts, nous devons arrêter ceux qui en sont responsables : les hommes politiques, les militaires, les entrepreneurs de guerre, et les propagandistes qui les perpétuent. Continuer à lire Démystifier le Mouvement de Défense Des Hommes

Une justice masculiniste : le cas des affaires d’inceste

[IncesteBilanDesSavoirsJe reproduis plus bas un article de Dorothée Dussy, tiré du livre qu’elle a coordonné: L’inceste, bilan des savoirs. Cet ouvrage,  qui comprend une douzaine d’articles de fond, a été publié en 2013 aux éditions La discussion . Je vous invite vivement à envoyer la modique somme de 8€ par chèque, à l’adresse des éditions, afin de recevoir un exemplaire: Editions La Discussion // 39 rue Léon Bourgeois // 13001 Marseille. Je signale par ailleurs que Dorothée Dussy a également publié aux mêmes éditions le premier volume de sa trilogie consacré à l’inceste. Le berceau des dominations, LeBerceauDesDominationsc’est son titre, est une étude profonde et incisive sur les incesteurs, un travail remarquable et très utile. Il a été publié également chez La Discussion (8€ port compris, aussi).

Je remercie beaucoup les éditions La Discussion pour me permettre de reproduire l’article qui suit. (Un pdf  est dispo en bas de page.)  ]

Dans les affaires d’inceste1, le système judiciaire profite indubitablement au délinquant. C’est une exception aux systèmes de justices des pays occidentaux qui, tous, ont été marqués ces dernières décennies par l’amélioration de la reconnaissance des préjudices subis par les victimes d’actes criminels. On montrera ici qu’une telle exception a été rendue possible car le droit n’est pas neutre, et les délais de prescription des dépôts de plainte, l’administration de la preuve, ainsi que le quantum des peines infligées, sont indexés à une conception masculiniste de la sexualité, de la personne et de la famille. Au bout du compte, malgré une répression croissante des crimes sexuels sur le papier, les recours à la justice aboutissent rarement à la reconnaissance des abus sexuels. Selon les statistiques du Ministère de la Justice2, aux assises, 50 % des procès pour meurtres sont suivis d’une condamnation, et seulement 2 % des procès pour viol. Les affaires judiciaires (Boltanski, Claverie, Offenstadt et Van Damme, 2007) étant des moments de crise où magistrats et justiciables doivent justifier leurs paroles et leurs positions, les propos échangés autour des procès pour inceste sont des révélateurs de réel qui permettent, on le verra, de comprendre où s’enracine le décalage entre théorie et pratique de la justice. Continuer à lire Une justice masculiniste : le cas des affaires d’inceste